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  • : ANJASHI WA TSHUMBE
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  • : Un espace web pour informations et communications, échanges et contacts, analyses, opinions et débats sur la vie. Champs d'intérêt: Vie de l'Église Catholique Romaine et vie en République Démocratique du Congo.
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  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 00:30

L'Église Catholique de BUKAVU, à l'Est de la République Démocratique du Congo, ramasse continuellement, depuis plus de 13 ans, les corps de ses Bergers, fidèles, prêtres, religieux et religieuses tombés sous les balles des hommes qui sillonnent impunément les coins et les recoins de l'Archidiocèse en armes à feu. Étreint par l'angoisse de deux assassinats successifs de son prêtre et d'une religieuse, Son Excellence Mgr François-Xavier MAROY, Archevêque de BUKAVU, lors d'une homélie pathétique, tenue à l'occasion de la messe des obsèques de l'Abbé Daniel CIZIMYA NAKAGAMA, tiré à bout portant et abattu la nuit du 6 décembre 2009 dans son presbytère de KABARE, traduit ses états d'âme. In extenso l'homélie de l'Archevêque:

Mgr Maroy sacre

Textes liturgiques de la célébration eucharistique du 08 décembre 2009 aux obsèques de l'Abbé Daniel: 

1°- Livre de la Sagesse 3, 1-11: Les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu...Aux yeux des insensés, ils passèrent pour morts...; 
 
2°- Lettre aux Romains 8, 31-39: Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? (...) nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.
3°- Evangile selon Saint Jean 12, 24...28: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit.

"1. Chers frères et sœurs dans le Christ, je vous salue et vous présente mes condoléances suite à l'assassinat de l'Abbé Daniel et celui de la Sœur Denise.

2. Vous le savez pertinemment bien, une grossesse dure 9 mois, et une mère qui a enduré les douleurs d’une grossesse souffre terriblement quand une autre personne maltraite son enfant. Autrement dit, ne peut maltraiter un enfant que celui ou celle qui n’a pas connu les douleurs de son enfantement.


3. La formation d’un prêtre, je la compare, à quelques exceptions près, à l'espace de temps que dure une grossesse. Mais plus qu’une grossesse, cette formation dure 10 ans. Par conséquent,  tuer un prêtre c’est offenser gravement sa mère l’Eglise. Alors, peut-on douter de la malédiction qu’ont attirée sur eux ceux qui ont assassiné l’Abbé Daniel et la Sœur Denise?


4. Chers frères et sœurs, j’étais en route vers Israël, pour qu’ensemble avec d’autres Évêques j’aille me recueillir et prier sur le lieu qu’a foulé le Christ, Notre Seigneur. A cause de ce drame, j'ai décidé de rentrer et je me suis retrouvé parmi vous. Il n’y a pas longtemps, j’étais en plein synode africain à Rome, et sans attendre sa conclusion, j'en suis sorti pour retourner au pays à cause des dégâts subis à la paroisse de Ciherano, puis au couvent des frères Maristes à Nyangezi par les ennemis de la paix dans notre pays. Si la paroisse de Kabare a été attaquée ces jours-ci, l’hôpital de Kabare l’a été quelques temps avant. Le comble, c’est le fait que ces malveillants viennent d’entrer au monastère pour tuer une des moniales dont l’une de grandes activités est "la prière". Quel contraste, mes frères et soeurs, quel contraste entre la prière et les armes!

5. Une fois informé des affres subies à Murhesa, j’ai décroché mon téléphone et ai appelé tour à tour pour qu'elles viennent à notre secours les autorités tant politiques que militaires, à Bukavu, au Kivu et même à Kinshasa. Aucun signal d'assistance ne fut observé de leur part! Une chose est vraie: le peuple ne peut pas mener une vie aussi précaire en présence des autorités provinciales, nationales et internationales irresponsables et complices de son triste sort.

Si celles-ci se voient incapables de le protéger, qu'elles le disent pour que ce peuple se prenne en charge lui-meme. Mes amis, nous le savons bien, le pouvoir de ces autorités est plus "attiré et intéressé aux dollars" et "aux matières premières" qu’à la sécurité du peuple et de ses biens; le faisant, elles vont certainement à leur perte, car l’insécurité qui en découle peut ne pas les épargner.

6. Tuer un prêtre c’est décapiter la tête d’une portion de l’Eglise. Qu’en sera-t-il des autres membres?

7. Le plan macabre de ces actes répétés consiste, dit-on, à réduire l’Église au silence. Car sa présence gêne et accuse. Mais qu’avons-nous fait du mal pour être ainsi traités et devenir la risée et l’opprobre de nos voisins? D’après ce plan diabolique, l'objectif est de paralyser la tète pour que les membres soient inefficaces; c'est-à-dire, il faut agenouiller l’Église de Bukavu pour que les inciviques opèrent en toute quiétude dans la zone. Quelle drôle de méthode? Je vous assure, mes frères et soeurs, pour mettre  l’Église à genoux, il ne sert à rien d'utiliser le fusil, c’est une grosse erreur. Les Chrétiens Catholiques ne s’agenouillent que devant l’Eucharistie.

8. A mon humble avis, nous ne devons rien nous reprocher, mes frères. Il y a une décennie, nous avons défendu les droits des Citoyens Congolais jusqu’à l’assassinat de nos Évêques, des prêtres, des religieux et des chrétiens. Sans perdre courage, nous avons aidé le peuple à aller aux élections dans le but de quitter le désordre pour redresser le pays.

9. Nous avons ainsi accompli notre devoir de citoyen en mettant en place des autorités que nous avons choisies pour nous gouverner, en se mettant au travail! Malheureusement, nous nous rendons compte qu’elles font plutôt le contraire de leurs obligations, jusqu’à vendre le pays et trahir le peuple, pour ainsi dire.

10. Qu’allons-nous faire, maintenant, en pareille situation? Est-il honorable de lapider les députés, le gouverneur de Province? Allons-nous ravir les fusils aux militaires et les utiliser à notre tour?. Hélas! Nous devons nous demander sincèrement: qui est cet ennemi qui nous ronge et nous trahit? Qui est cet ennemi que nous devons combattre ensemble?


11. Nous exhortons les militaires, les députés et les ministres provinciaux, tous et chacun selon sa catégorie, à s’acquitter de son devoir. Et que chacun se demande si réellement il sait ce qu’il doit faire avant de s’interroger sur la performance de l’autre. Et si nous constatons qu'un tel n’est pas à la hauteur de sa tâche, n’hésitons pas à le dénoncer. Prenons courage, mes chers amis.


12. Malheureusement, il existe parmi nous des gens à double face; des hypocrites, des personnes qui mangent sur deux tables: celle de l’eucharistie et celle de l'assassinat. Pendant la journée, elles touchent le corps du Christ et, pendant la nuit, elles touchent les armes à feu et font couler du sang. Qu’elles sachent qu’elles s’attirent la malédiction de l'Auteur de toute vie humaine.


13. Il n’est pas impossible que certains d’entre nous cachent chez eux ou soient eux-mêmes les ennemis de la paix que nous recherchons. Quelle duplicité! Et à quelle fin cela mène-t-il?


14. J’appelle chacun de vous à la vigilance aux fins de découvrir ces hors-la loi.  Autrement, cette aventure ne finira jamais. Une vigilance prompte et sans complaisance est nécessaire, car ces ennemis de la paix se situent à tous les échelons de la société congolaise. 

15. Voilà pourquoi, je me pose et vous pose la même question: "qui sera la prochaine victime?" C’est une anxiété que j'éprouve et que je partage avec chacun de vous.


16. La première lecture de cette célébration nous a bel et bien recommandé de ne pas avoir peur. Et celui qui essaye de nous intimider sache qu'il se trompe, car l’Eglise tire sa force des martyrs, en commençant par Jésus Christ lui-même, il y a de cela deux mille ans.


17. Chers frères et sœurs, chaque fois que le sang des chrétiens est versé innocemment, c’est un témoignage en plus. En cela, tous ceux qui ont été baptisés au nom du Christ doivent savoir qu'à chaque fois qu'ils subissent la mort et toute sorte de souffrance, ils portent sa croix. Ne reculez donc pas, allez toujours de l'avant.


18. A travers l’enterrement de l’Abbé Daniel et celui de la Sœur Denise, nous semons de nouveau de la bonne semence sur cette terre de nos ancetres afin de produire en faveur du peuple  Congolais et de l'Église Catholique de BUKAVU des fruits de paix.


19 Puisons des forces nouvelles dans ces tristes événements pour que nous puissions attirer les égarés vers la vie du salut. Les laisser errer sur le chemin de la perdition serait pécher par omission. Il est de notre devoir de nous prendre urgemment par la main en nous indiquant mutuellement le chemin qui conduit à la paix. Il n’est pas étonnant de rencontrer beaucoup de résistance chez certains. Dans ce cas, l’union faisant la force, nous pouvons ensemble les entraîner vers le bien dont notre région et notre a grandement besoin aujourd’hui.

20. Voilà le témoignage que nous attendons des chrétiens ces jours-ci. Faire le contraire c’est tromper les autres. D’ailleurs, si nous étions fermes et fidèles dans notre engagement en tant que chrétiens et citoyens de ce pays, beaucoup de choses auraient déjà changé.

21. Nous qui participons à cette célébration eucharistique, implorons le Seigneur afin qu’en partant d’ici, chacun de nous se rappelle et rappelle également aux autres le devoir d’aimer notre pays, de le reconstruire et de travailler pour l'avènement de la paix.


22. Pas plus tard qu’hier, j’ai demandé à l’Abbé Daniel de me donner la force de tenir jusqu’au bout cette célébration eucharistique. Je lui dis merci, car je suis convaincu qu’il m’a aidé en intercédant pour moi. Monsieur l'Abbé, intercède toujours pour nous afin que notre pays refuse de trahir sa souveraineté et que notre Église aille de l'avant et tienne bon dans cette situation de persécution!"


Mgr François-Xavier MAROY, Archevêque de BUKAVU
Homélie prononcée aux obsèques de l'Abbé Daniel CIZIMYA
BUKAVU/RDCONGO.-

(Texte reproduit par l'Abbé Claude OKONDJO)  

 

 

 

 

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Published by Mgr François-Xavier MAROY, Archevêque de BUKAVU, homélie prononcée aux obsèques de l'Abbé Daniel CIZIMYA, texte reproduit par l'Abbé Claude OKONDJO - dans EVENEMENTS
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