Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : DIOCÈSE DE TSHUMBE
  • DIOCÈSE DE TSHUMBE
  • : Église Catholique au Sankuru, en République Démocratique du Congo.
  • Contact

Profil

  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.

Rechercher

21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:56
Cinquante quatre ans après l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, le secret persiste. Très peu de choses sont connues à ce jour et de manière peu claire. Mais dans ce flou, un témoin a survécu. Malheureusement muet lui aussi et en voie d’extinction inexorable. Oh, que des lenteurs en tout!
 
Patrice Lumumba arrêté.
Je vous conduits donc à travers cette vidéo, sur le lieu où P.E. Lumumba fut assassiné dans la nuit du 17 janvier 1951 à 21 heures, heure de Lubumbashi.
Le village Tshisukwe, à 50 km au nord-ouest de Lubumbashi, non loin du village Silansimba, est cette contrée à qui appartient ce malchanceux lieu choisi par les bourreaux d’un des leaders de l’indépendance de  la RDC, pour garder les confidences de cet assassinat. Il n’est pas du tout le vrai ou le véritable, car il a dû immigrer après cet événement, le chef du village "première version", ayant été séquestré, puis relâché pour avoir «vu» ce qui pourtant était destiné à ne l'avoir jamais été.
 
Le lieu de l’assassinat
 
La fosse où Lumumba et ses compagnons furent enterrés avant d'être découpés

C’est un espace perdu dans la savane mi-herbeuse mi-boisée. Quelques briques rangées en quadrilatère au-dessus desquelles d’autres se dressent en croix, servent de tombe de Lumumba. Enfin, c’en est une car c’est là, dans cette fosse creusée avant et où «attendait un colon belge, consul de Belgique à Lubumbashi», «le colis», pour se rassurer qu’il allait être correctement liquidé. Vous le découvrez dans la vidéo. C’est là que Lumumba et ses compagnons Mpolo et Okito furent jetés, pieds dehors ou exorbitants, sans doute signe d’une précipitation des bourreaux à abandonner ce lieu macabre en plein milieu de la nuit. Il était environ 21 heures, lorsqu’ils arrivaient!

 

«Mon père dit, ça c’est un problème!»
Lwimba Tshikuswe, chef du village Tshisukwe, à l’époque prince de Tshisukwe, rentrait de la chasse avec son père. Des phares d’automobiles les stoppaient en pleine brousse. «Nous nous sommes cachés sur une termitière placée juste à côté, mon père ayant éteint sa lampe de chasse», explique-t-il. Cela leur permit de bien suivre, grâce aux phares des véhicules, la boucherie. Il s’en souvient encore, malgré le temps qui a passé.

 

Le reste de l'arbre où Lumumba fu attaché, fusillé. Photo M3 Didier

Lumumba avait été attaché à un arbre dont seule la souche visible sur la photo ci-contre, a survécu 54 ans après. Entre temps, un autre a poussé. C’est là qu’il fut fusillé et chacun de ses compagnons. Ils ne firent pas de bruit. Les bouchers repartis, Lwimba et son père vinrent voir. Ils ne virent que «les pieds chaussés» qui sortaient de la fosse. "Mon père dit, ça c'est un problème, partons vite", se rappelle encore Lwimba. Il était là, il le demeure: l'assassinat de Lumumba n'en finit pas de gêner. Il le restera tant que la vérité toute entière n'aura pas été dite.

 

On charcute Lumumba et ses compagnons
La suite des événements c’est que, les bourreaux ayant finalement appris que tout cela ne resterait pas secret, lorsque le père de Lwimba se rendit dénoncer cet assassinat nocturne. Belges et congolais, bien entendu, ayant jeté au cachot le dénonciateur, ils envoyèrent sur le lieu du crime, charcuter les corps et les dissoudre dans un fut d’acide sulfurique.
Des jeunes lushois en pèlerinage le 17 janvier 2015. Photo M3 Didier

C’est probablement à l’occasion qu’un belge aurait gardé une dent de Lumumba, aujourd’hui en captivité auprès d’un belge encore en  vie.

 

Un lieu de pèlerinage délaissé
La souche de l’arbre auquel fut attaché Lumumba n’a pas du tout survécu. Elle disparait cette fois rapidement, attaquée par la mite. Sans doute, le prochain 17 janvier, ce ne sera que de la terre, à part un jeune arbre qui renaît de la souche. Au moins lui, parlera encore de Lumumba aux générations qui n’auront pas eu ma chance de voir cet arbre qui rejoint la terre, cet arbre qui a tout vu, tout entendu. Si au moins lui, il pouvait parler, j’aurais écrit un livre original, un poème éternel!

 

Aucune amélioration de ce lieu de pèlerinage,54 ans après. Photo M3 Didier

Quant au lieu lui-même, il n’a rien de grand et de la hauteur de Lumumba. Pas une banquette, pas un hangar sous lequel se poser pour se recueillir, pas non plus un signe qui s’accorde aux discours parfois grandiloquents des politiques mais qui finalement, au bout de cette visite, me paraissent de la farce, du mensonge. Un monument, grandeur nature, faire de ce haut lieu de la mémoire collective et de conscience nationale un lieu de pèlerinage, cela vaudrait mieux que mile discours, des larmes sur Lumumba. Un monument en ce lieu, sera un hommage dix fois plus parlant que les défilés et prières aux 17 janvier.

 

Didier M. Makal et la Rédaction de "ANJASHI WA TSHUMBE"

Source: http://toutlubumbashi.blogspot.it/2015/01/un-si-minable-lieu-de-lassassinat-de.html

LE MYSTÈRE D'UN ASSASSINAT VIEUX DE PLUS DE 50 ANS
LE MYSTÈRE D'UN ASSASSINAT VIEUX DE PLUS DE 50 ANS
LE MYSTÈRE D'UN ASSASSINAT VIEUX DE PLUS DE 50 ANS
LE MYSTÈRE D'UN ASSASSINAT VIEUX DE PLUS DE 50 ANS
LE MYSTÈRE D'UN ASSASSINAT VIEUX DE PLUS DE 50 ANS
Repost 0
Published by Didier M. Makal - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 08:53

Annonce Lundi 28 janvier 2013 par le ministre Richard Muyej en charge de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, de l’érection prochaine dans le district de Sankuru au Kasaï Oriental d’une entité administrative dénommée «Lumumba-Ville».

 

Le ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et Affaires coutumières, Richard Muyej Mangez, a annoncé vendredi, l’érection prochaine d’une nouvelle entité administrative dénommée Lumumba Ville, dans le district de Sankuru, en province du Kasaï oriental, à l’issue de la réunion du comité interministériel de pilotage, de coordination et mise en oeuvre de la décentralisation, présidée dans la salle de conférences du ministère. En sa qualité de président dudit comité, il a reçu un mandat exprès du Premier ministre pour réexaminer les huit décrets conférant le statut de ville et commune à certaines agglomérations de la RDC avant la promulgation de leur statut par décrets du Premier ministre, Augustin Matata Ponyo.

Dans sa communication, le ministre Richard Muyej a informé les ministres membres du comité de pilotage que la création de «Lumumba ville» fait suite à une requête adressée au Président de la République par les députés nationaux, des députés provinciaux et des notabilités du district de Sankuru en vue d’honorer la mémoire du Héros national, Patrice Emery Lumumba, dont tous les groupements autour du village natal Onalowa, du territoire de Katako-Kombe, formeront la ville de Lumumba-Ville et Tshumbe deviendrait une commune rurale.

Il a rassuré les ministres membres de cette structure interministérielle de la détermination du gouvernement de doter cette nouvelle ville des infrastructures nécessaires en vue d’accueillir la nouvelle administration et de garantir sa viabilité et d’en faire une ville touristique par excellence. Il a également annoncé l’érection prochaine de la cité de Minembwe, au Sud-Kivu, en commune rurale. Il a remercié la Commission ad hoc dont la présidence a été confiée au coordonnateur national de la Cellule technique d’appui à la décentralisation (CTAD), Makolo Jibikilay.

Par ailleurs, le coordonnateur national du Projet de renforcement des capacités en gouvernance (PRCG), Popaul Kizungu, a présenté sa structure qui est sous tutelle du ministère ayant la décentralisation dans ses attributions. Le PRCG est installé dans les provinces du Katanga, du Kasaï-Oriental, du Sud-Kivu et du Bandundu. Le projet était doté d’un financement de la Banque mondiale de 50 millions USD, de 2008 à 2012. La Banque mondiale a accédé à la requête du PRCG sollicitant un crédit additionnel pour la poursuite de ses activités en vue d’améliorer la gouvernance économique dans les domaines des finances publiques, de la fonction publique et de la décentralisation dont le PRCG a financé les activités de la CTAD, notamment les campagnes nationales de vulgarisation, d’information et de sensibilisation des textes légaux et réglementaires sur la décentralisation et l’appui en équipements de bureaux.

En attente d’un financement additionnel, le PRCG a sollicité du gouvernement un crédit d’un million USD en vue de financer les activités conformément à son programme annuel. Pour rappel, le comité interministériel de pilotage, de coordination et du suivi de mise en oeuvre de la décentralisation a été institué par le décret n° 08/06 du 26 mars 2008 portant création d’un conseil national de mise en oeuvre et de suivie de processus de la décentralisation en RDC et la CTAD en assure le secrétariat technique.

Des orientations et instructions administrations territoriales transmises aux trois nouveaux gouverneurs de province

Le ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et Affaires coutumières, Richard Muyej Mangez, a transmis, vendredi, des orientations et instructions diverses aux trois nouveaux gouverneurs de province, à savoir, Jean Bamanisa, de la province Orientale, Alex Kande Mupompa, du Kasaï-Occidental et Jacques Mbadu, du Bas-Congo, en vue de la bonne marche de leurs entités respectives. Selon le gouverneur Jean Bamanisa qui a fait office de porte-parole, à l’issue de l’audience, cette rencontre est intervenue, au lendemain, de la publication des ordonnances présidentielles portant investiture des trois gouverneurs de province.

C’est dans ce cadre, a-t-il dit, qu’ils sont venus présenter leurs civilités au ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et Affaires coutumières. La rencontre, a-t-il indiqué, a permis d’échanger avec l’Inspecteur général de la Police nationale congolaise en charge de maintien de l’ordre public en province et du directeur général de la Direction générale de migration (DGM) sur le contrôle des mouvements d’entrée des étrangers sur le territoire congolais. Les trois gouverneurs de province ont remercié le Président de la République, Joseph Kabila, de leur investiture en qualité de gouverneur de province et ont invité le ministre de l’intérieur à transmettre leurs remerciements au magistrat suprême du pays. Ils ont promis de mettre en œuvre toutes les instructions reçues et de travailler en collaboration avec la Police nationale congolaise dans la sécurisation des populations et de leurs biens.

 
ACP (Agence Congolaise de Presse).-
 
Repost 0
Published by ACP (Agence Congolaise de Presse) - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 12:40

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
DE L A FAMILLE LUMUMBA  LE 17 JANVIER 2013
A L’OCCASION de la 52è COMMEMORATION DE L’ASSASSINAT du
"PREMIER MINISTRE  PATRICE EMERY LUMUMBA" 
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

  

 

Famille-P.E.-LUMUMBA.jpg

Famille de P.E.LUMUMBA

 

P.E.-LUMUMBA.jpg

P.E. LUMUMBA

 

Maman-Pauline-LUMUMBA--epouse-de-P.E-LUMUMBA.jpg

        Maman Pauline,
épouse de P.E. LUMUMBA
 
 
Après 52 ans, La famille Lumumba a pris acte de la décision des autorités judiciaires belges d’ouvrir une enquête sur "l’assassinat de  Patrice Emery Lumumba le 17 janvier 1961". La famille Lumumba les félicite pour leur souci de faire la lumière sur cet assassinat, elle se sent réconfortée dans sa conviction que la lutte de "Patrice Emery Lumumba"n’a jamais été vaine et qu’un jour verité et justice triompheront ...
 

    Tout en félicitant ces autorités pour leur  courageuse lucidité, la famille Lumumba estime que cette enquête devra aboutir à des poursuites judiciaires contre toute personne  au monde impliquée  dans ce crime d’état …
  
 
    Cependant la famille Lumumba attire l’attention de l’opinion qu’il s’agit pour elle d’une quête  de justice et  de ce fait demande à tous d’éviter toute récupération politicienne de cet événement  tragique  pour l’intérêt général de la cause.
 

    A cet effet  par notre recherche de justice, le "Royaume de Belgique"devra comprendre  que les lumumbistes et plus précisément "la  famille Lumumba n’ont pas un esprit de vengeance", car ce serait la trahison même de la pensée politique du héros africain.
 
 
    "Le droit  à la vérité et la justice n’étant pas réservés  qu’à certaines civilisations. Pour terminer, en ces, moments difficiles de l’histoire de notre pays nous ne pouvons oublier le génocide de 8 millions de congolais à l’est de notre pays, victimes de l’intolérance et pour qui nous  devons réclamer  justice."
 
 
    Le gouvernement Congolais devra  donc prendre sa part de responsabilités.
 
 
 
Pour la famille,
François Lumumba.-
Source: visitation@rogers.com <visitation@rogers.com> du 28 janvier 2013.
Encrier-du-Redacteur-de-l-Atlantique-Nord.jpg
 
 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by François LUMUMBA - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:23

Témoignage en commémoration de son odieux assassinat le 17 janvier 1961 à Shilatembo durant la sécession du Katanga. Cette malheureuse nouvelle ne fut connue du public congolais que plusieurs jours après que les assassins belges aient fait diversion en prétendant que Lumumba et ses compagnons d’infortune Okito et Mpolo avaient fui dans la brousse et abattus par des villageois non autrement identifiés. Mais la vérité finit par éclater et provoqua un tollé d’indignation et de protestation à travers le Congo et le Monde. Les assassins s’étaient acharnés sur la dépouille mortelle de Lumumba en lui arrachant les dents, en extirpant son cerveau de la boite crânienne, en dissolvant le reste du corps dans l’acide. Les commanditaires de l’assassinat croyaient par cette barbarie mettre fin à la pensée politique de Lumumba.

 

Personnellement j’ai connu et fréquenté Patrice Emery Lumumba à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa quand il est venu avec sa famille habiter au Quartier Renquin(Matonge) à quelques pas du domicile de Papa Joseph Bonaventure Lutula chez qui je résidais pendant les vacances au 70 rue Irebu. En fait Papa Joseph était marié à la sœur ainée de maman Pauline Opango ce qui me permit de fréquenter la famille Lumumba sans protocole. Nommé Directeur Commercial de Bras-Congo, puis Président du MNC en août 1958 j’ai eu à l’accompagner dans ses déplacements partout il prononçait des meetings de conscientisation politique aux populations et l’implantation des sections MNC dans Léopoldville. Au début je me posais des questions: pourquoi cet homme devenu plus qu’Immatriculé par sa nomination au poste de directeur, cherchait il à faire la politique .Il me rassurait que faire la politique était la voix obligée pour changer la société, surtout sortir du joug colonial et de l’avilissement de l’homme noir, les injustices faites aux noirs de la colonie belge étaient tout simplement inacceptables. J’ai compris alors qu’il privilégiait de lutter pour le bien être collectif que se contenter de sa propre promotion dans l’échelle des évolués de la colonie. Sa détermination contrastait avec son flegme et sa bonté, c’était un homme bon ouvert, gentil, serviable, confiant dans son engagement politique, sincère, désintéressé de bakchich et de compromission ,il s’identifiait au pays ,au peuple congolais, il me répéta à plusieurs reprises qu’il ne croyait pas qu’un noir puisse le trahir à moins qu’il soit armé de l’épée du colonialiste. Les choses vont s’accélérer dans le sens de l’histoire, revenu de la Conférence Pan Africaine d’Accra, Lumumba,en compagnie de Diomi Gaston tient le 28 décembre 1958 un meeting déterminant à surchauffer les esprits à l’indépendance du pays: le Congo ne peut plus être considéré comme une colonie d’exploitation ni de peuplement, son accession à l’indépendance est la condition sine qua non à la paix. C’était au Rond Point Victoire.

 

Le 20 février 1960 débute alors la Table Ronde de Bruxelles sans Lumumba, incarcéré arbitrairement à la prison de Jadotville , aujourd’hui Likasi au Katanga. À la table ronde les discussions piétinent, alors les leaders congolais à l’unanimité exigent la libération immédiate et sans condition de Patrice Emery Lumumba, Président du MNC.

 

Arrivé à Bruxelles et à sa première séance le 27 février 1960 Lumumba pose le problème de l’indépendance immédiate du Congo, celle-ci sera accordée mais au 30 juin 1960.Ce 30 juin 1960 fut un jour béni par un soleil éclatant, un ciel bleu azur, la liesse populaire à son comble ,j’étais présent au Palais de la Nation ,témoin oculaire du triomphe de mon Héros, convaincu et convaincant, triomphe du peuple congolais libéré de l’oppression coloniale et surexcité par l’espérance d’une meilleure qualité de vie dans un pays à construire plus beau qu’avant. Le discours de Lumumba ce 30 juin 1960 fut un discours blindé, de rupture d’avec l’ordre colonial, d’immense espoir, de rêve du peuple congolais, du renouveau de l’homme noir, du décollage au développement pour l’Afrique entière, hélas jugé d’opprobre sur le colonisateur évincé par les ennemis du Congo, prétexte à la persécution de Lumumba.

 

Pr Dr M’Pania PM

Chevalier de l’Ordre National du Léopard.

Repost 0
Published by Pr Dr M’Pania PM - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 21:26
Patrice Emery Lumumba, figure emblématique du patriotisme congolais et africain, sera exécuté à Elisabethville [ex-Congo belge] le 17 janvier 1961, quelques mois après sa nomination au poste de premier ministre. Tous les pays Occidentaux présents au Congo, Belgique, USA via la CIA, France, l’Onu ont intérêt à éliminer physiquement un jeune homme au charisme irrésistible qui trimballe pour seul défaut, rédhibitoire, son amour immodéré pour son pays trop riche pour être indépendant, son refus de la domination post-coloniale et de l’injustice. Par dessus tout, Lumumba croit fermement en l’Afrique en sa victoire sur les forces liberticides.
 
Le temps passant ce leader associé aux grandes figures résistantes modernes des Nkrumah, Um Nyobe, Olympio, etc. est devenu une icône, une référence d’anticolonialisme, de cet engagement jusqu’au sacrifice de sa vie. Les politologues s’entretiennent désormais sur la dimension tacticienne du combat de Lumumba, déplorant pour certains, une précocité de son action anti-colonialiste, face à un rapport de force défavorable. Il est heureux que l’héritage de Lumumba serve non pas pour inaugurer les chrysanthèmes, mais fructifie un nouveau capital politique en formation.
 
Testament politique et Adieu émouvant. La dernière lettre de Lumumba à sa femme Pauline, écrite en prison en décembre 1960, nous rapproche d’un leader terriblement humain, dans la pudique tendresse de ses mots à la mère de ses enfants, en même temps, d’une quintessence au dessus du commun des mortels. Celle de celui qui va vers le sacrifice de sa vie, avec dignité et cran, pour une cause qui dépasse les existences individuelles, la sienne au premier, et qu’il voit triompher un jour. Ce jour où l’histoire se souviendra de lui.
 
 
  
  
 
 
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥
Ma compagne chérie,
 
 
 
 
 
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon  pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à  laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.
 
Que pourrai je dire d’autre?
 
Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
 
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
 
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.
 
 
Vive le Congo! Vive l’Afrique! 
 
 
 
Patrice Lumumba.-
 
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥
L'ASSASSINAT DE PATRICE-EMERY LUMUMBA

 


 
 
Repost 0
Published by Patrice-Emery LUMUMBA - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 20:00

«L’opinion est fondée sur l’ignorance et l’ignorance favorise extrêmement le despotisme»  J.-P. Marat.

 

A la suite d’autres «intellectuels subversifs», Lumumba est allé consciemment et dignement à la mort. En relisant son approche de ce moment fatidique, il y a lieu de soutenir que Patrice Lumumba a  laissé aux jeunes générations congolaises et africaines un exemple de sagesse. Savoir mourir pour une cause juste la tête haute et le cœur fier est un acte de noblesse que le monde décivilisé ne connaît pas. Oui, c’est vrai. Rendre les pratiques des «maitres» transparentes coûte souvent la vie. Ils ont peur de la lumière du jour. Ce n’est pas pour rien qu’ils aiment opérer dans l’ombre. Souvent, l’opinion publique ne le sait pas. Elle est manipulée.

 

Le 17 janvier 1961 est la date de l’assassinat de notre héros national, Patrice Emery Lumumba. Et le 14 décembre 2012, Marie-France Cros écrivait: «Près de cinquante-deux ans après l’assassinat de l’ex-Premier ministre congolais Patrice Lumumba et de deux de ses compagnons, dans la nuit du 17 janvier 1961 au Katanga, à la lumière de phares d’auto, le parquet fédéral belge a été autorisé à enquêter sur huit Belges liés à ce crime et encore vivants. Mercredi (12 décembre 2012), la chambre des mises en accusation de Bruxelles a, en effet, admis certains points de la thèse des parties civiles - la famille Lumumba - selon laquelle l’assassinat est intervenu durant un conflit armé et pourrait constituer un crime de guerre, non couvert par la prescription.» Cinquante-deux ans après, la vérité finit par triompher sur le mensonge, le cynisme, l’arrogance et la ruse ! Le temps a paru trop long ! Mais c’est le temps de la vérité. Il n’est pas à confondre avec  la précipitation avec laquelle le mensonge et la ruse manipulent l’opinion  en la roulant dans la farine. (Espérons que la vérité judiciaire sur nos millions de morts, sur l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001 ne mettra pas cinquante-deux ans avant d’éclater au grand jour. Les témoins vivants ont déjà parlé et nous pensons que dès que nous aurons un gouvernement légitime au Congo de Lumumba, un procès juste sera mené sur  cette tragédie collective et cet odieux assassinat comme sur ceux de Floribert Chebeya, d’Armand Tungulu, de Fidèle Bazana, de Serge Maheshe, de Bapuwa Muamba, etc.).

 

 L’assassinat de notre héros national fut l’une des preuves de ladécivilisation du colonisateur et de ses « nègres de service ». Cette tragédie nous invite, à la suite d’Aimé Césaire, à « étudier comment la colonisation (ou la néo-colonisation) travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-nâm une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés (…), il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent (…). [1]»   Le réveil de ces instincts enfouis  et le relativisme moral qu’il entraîne ont conduit le colonisateur à refuser la main tendue de l’amitié de  Patrice Emery Lumumba pour privilégier les rapports de sujétion et de subordination. (Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge!)

 

 Aujourd’hui, il est aussi important de situer l’assassinat de notre héros national dans le contexte  un peu plus large de la rencontre de notre continent avec l’Europe de la finance. En effet, « le  grand drame de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont de contact a été opéré : que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industries les plus dénués de scrupules que l’Europe  s’est « propagée » (…) [2]»   Mais cette Europe n’aurait pas triomphé sans la complicité de « tous les féodaux indigènes » comme le note si bien Aimé Césaire. Il écrit que « l’Europe a fait fort bon ménage avec tous les  féodaux indigènes qui acceptaient de servir ; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n’a tendu à rien de moins qu’à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu’ils avaient de  plus pernicieux. [3]»

 

 Aujourd’hui encore cette complicité est à la base de la création du réseau transnational de prédation entretenant  la violence structurelle sur fond da la matrice organisationnelle capitaliste génératrice des politiques de gauche et de droite presque partout en Occident.  Ce réseau  poursuit l’œuvre décivilisatrice en faisant davantage de victimes en Afrique et dans plusieurs autres coins du monde. Face à elle, Lumumba a accepté de mourir la tête haute en passant le relais.  Lumumba est allé à la mort consciemment. Thomas Kanza en témoigne quand il écrit  ceci : « Avant de quitter sa résidence pour aller à Stanleyville, voyage qui lui fut fatal, Patrice Lumumba me répéta trois fois au téléphone quand j’essayai de le dissuader de partir : « Je dois être arrêté, je dois mourir afin que les impérialistes et nos compatriotes, traitres à l’Afrique, réalisent le pouvoir selon la volonté du peuple congolais. [4]» (Cette complicité est toujours d’actualité.)

 

 En marge de ses erreurs tactiques, Patrice Lumumba, en bon autodidacte,  avait réussi à identifier les véritables agresseurs (ou ennemis) du Congo et de l’Afrique : les impérialistes et les colonialistes ; il avait maîtrisé leur mode opératoire et il en parlait. Comme il était écouté par les masses, il constituait « un danger » pour l’impérialisme, le  colonialisme et leurs « nègres de service ».  Il savait que tôt ou tard, il allait payer de sa vie. Cette hypothèse est plausible dans la mesure où, en relisant l’histoire, nous nous rendons compte que « les intellectuels subversifs » ou les prophètes ont souvent payé de leur vie leur engagement au service de l’humain. Socrate, Jésus, Kimbangu, Julian Apaza, alias Tupac Katari, etc. peuvent être cités comme exemples.

 

 Pourquoi «ces intellectuels subversifs» sont-ils souvent dans la ligne de mire des «maîtres du monde»?  Ils  ont compris qu’  «informer, rendre transparentes les pratiques des maîtres est la tâche première de l’intellectuel. [5]» Ils doivent avoir aussi compris que «les vampires craignent comme la peste la  lumière du jour.[6]» Rendre transparentes leurs pratiques coûtent souvent la vie. Et ce n’est pas pour rien qu’ils s’accaparent les médias,  l’école,  l’université et  certaines églises. Ils doivent contrôler l’opinion en la fondant sur le mensonge et la manipulation[7]. Ces «intellectuels subversifs» sont encore plus dangereux puisqu’ils peuvent «revenir» en des millions d’individus. Le jeune résistant indien Julian Apaza, avant son exécution  le 15 novembre 1781, aurait dit ceci à ses bourreaux: «Vous ne faites que me tuer: mais je reviendrai et je serai des millions.» Et «aujourd’hui, sur les hauts plateaux andins de l’Equateur, du Pérou et de la Bolivie, bien des gens sont persuadés qu’Evo Morales  Aïma (l’actuel président de la Bolivie) est la réincarnation de Tupac Katari. [8]» Jésus est toujours vivant et ses disciples se comptent par millions.  Kimbangu vit à travers son église ; Socrate à travers les philosophes socratiques.

 

L’assassinat des «intellectuels subversifs» n’est pas un phénomène du passé. «Le 16 novembre 1989, il y a eu un terrible massacre au Salvador. Parmi les victimes se trouvaient six (jésuites) grands  intellectuels latino-américains, dont le directeur de la principale université du pays. Ils ont été exécutés à bout portant par un commando d’élite entraîné par l’armée américaine. Ce commando de mercenaires (la Brigade Atlacat) était une composante particulièrement brutale des forces responsables de nombreux massacres dans le pays, notamment du meurtre de l’archevêque Romero et du massacre de dizaine de milliers de paysans.[9]» Il ne serait pas exclu que l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001 soit aussi lié à son passé et ses orientations politiques plus ou moins proches de celle de Lumumba et de Pierre Mulele.

 

Revenons à Lumumba. Il  va à la mort en disant ce qu’il y a eu. Il laisse  un testament dans lequel il dit sa confiance trahie et le refus des forces  colonialistes de répondre au rêve d’autodétermination des Congolais(es). Sa lettre à son épouse Pauline est très claire  sur ce testament. Il y dit ceci:«Je t'écris ces mots sans savoir s'ils te parviendront, quand ils te parviendront, et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout le long de ma lutte pour l'indépendance de mon pays, je n'ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie.» Et il dit comment cette  lutte a été compromise par une alliance entre les impérialistes, les colonialistes et les fonctionnaires de l’ONU:  «Mais ce que nous voulions pour notre Pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts-fonctionnaires des Nations Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance, ne l'ont jamais voulu.» Cette alliance a eu recours à la corruption des compatriotes pour torpiller la vérité. Et face à cette évidence, Lumumba accepte le sort qui lui est réservée en relativisant sa personne et privilégie la cause pour laquelle il s’est battu. Il écrit: «Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils en ont acheté d'autres, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai-je dire d'autre? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n'est pas ma personne qui compte. C'est le Congo, c'est notre pauvre peuple dont on a transformé l'indépendance en une cage d'où l'on nous regarde du dehors tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir.»

 

Tout en relativisant sa personne, Lumumba s’affirme comme « un homme digne » en refusant  de demander la grâce de ses bourreaux. C’est comme si la  préciosité de la cause défendue lui interdit de se rapetisser devant  une meute de menteurs, de cyniques, de décivilisés et  de leurs «nègres de service». Il reste debout, égal à lui-même. Face à la mort prochaine, sa foi dans cette cause reste inébranlable. Il dit: «Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m'ont jamais amené à demander la grâce car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés.» 

 

En tuant Lumumba, les impérialistes, les colonialistes et leurs «nègres de service» ont trahi «les principes sacrés» d’humanisation. Ils se sont disqualifiés; ils ont perdu toute autorité morale et ne peuvent, en «bons ensauvagés [10]», servir de référence pour les générations appelées à poursuivre la lutte et l’écriture de «l’histoire de gloire et de dignité»  du Congo et de l’Afrique.

 

En tuant Lumumba, ils ont prouvé que ces principes ne guident pas «l’Etat profond [11]» de la finance et  de services secrets qui les portent. Les générations appelées à poursuivre la lutte de Lumumba  et leurs médias alternatifs devraient en prendre acte et apprendre à travailler en réseau et en équipes pour faciliter le passage de relais. Mais aussi, pour apprendre à mourir debout, la tête haute et le cœur  fier  au nom de la défense des «principes sacrés» et de l’évitement de  l’ensauvagement dontl’impérialisme intelligent et les néocolonialistes de tout bord sont aujourd’hui les propagandistes. Ce n’est pas demain qu’ils vont renoncer à la décivilisation. Ils vont encore lâchement tuer «les intellectuels subversifs» au nom de la lutte contre  «les terroristes» qu’ils fabriquent au  quotidien.

 

Abbé Jean-Pierre MBELU BABANYA KABUDI.

 

 


[1] A. CESAIRE, La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, dans Le point, Hors-série, n° 22, Avril-mai 2009, p. 59. Nous soulignons.

[2] Ibidem.

[3] Ibidem.

[4] T. KANZA, Les nationalistes n’ont pas perdu l’espoir, dans Remarques Congolaises et Africaines, n° 240, du 14 avril 1965, p. 13.

[5] J. ZIEGLER, L’empire de la honte, Paris, Fayard, 2005, p. 320.

[6] Ibidem.

[7]  Lire N. CHOMSKY et  E. HERMAN, La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, trad.  de l’anglais par Dominique Arias, Marseille, Agone, 2009.

[8] J. ZIEGLER, La haine de l’Occident, Paris, Albin Michel,  p. 211.

[9] N. CHOMSKY, Deux heures de lucidité. Entretiens avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz, trad. de l’américain par Jacqueline Carnaud, Paris, Arènes, 2001, p. 26-27.

[10] Lire T. DELPECH, L’ensauvagement. Le retour de la  barbarie au XXIe siècle, Paris, Grasset, 2005.

[11] Lire P. D. SCOTT,  La route vers le nouveau désordre  mondial. 50 ans d’ambitions secrètes des Etats-Unis, trad. de l’américain par Maxime Chaix et Anthony Spaggiari , Paris, Demi- Lune, 2011. Ce livre aide à comprendre comment fonctionne « l’Etat profond » en identifiant ses créateurs et en indiquant ses alliances compromettantes avec le terrorisme.

Repost 0
Published by Abbé Jean-Pierre MBELU BABANYA KABUDI. - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 19:22

51 ans après, le sang de Patrice-Emery LUMUMBA, fils du Sankuru et héros national de l'actuelle République Démocratique du Congo, crie plus que jamais justice. L'État belge se saisit du dossier et décide de diligenter une enquête. Ô Justice, quand donc arriveras-tu?
 

Patrice-LUMUMBA-et--Joseph-OKITO.jpg

 Patrice Lumumba (à dr.) et Joseph Okito,

après leur arrestation en décembre 1960. © AFP

 

Le 17 janvier 1961, l'ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba était assassiné. Une mort tragique orchestrée depuis Léopoldville, Bruxelles et Washington. Et sur laquelle la justice belge a récemment décidé d'enquêter.

  

Il y a de la barbarie dans l'exécution de Patrice Lumumba, sur laquelle la justice belge a décidé, le 12 décembre, d'ouvrir une enquête. Le 2 décembre 1960, quand l'ancien Premier ministre est exhibé à l'aéroport de Léopoldville (Kinshasa), après sa capture sur la route de Stanleyville (Kisangani) par Joseph-Désiré Mobutu, le chef d'état-major de l'armée congolaise, il n'est déjà plus traité comme un homme. Le soldat qui le saisit par les cheveux et lui relève la tête pour le montrer aux caméras... L'image reste dans toutes les mémoires. Le vainqueur des élections de mai 1960 n'est plus qu'un trophée de chasse.

 

Le dernier jour de sa vie, le 17 janvier 1961, ses bourreaux sont d'une cruauté indicible. Dans le DC-4 qui l'emmène de Moanda à Élisabethville (Lubumbashi), ses gardes congolais sont imbibés de whisky. Ils le frappent si fort, à coups de pied, à coups de crosse, que le commandant de bord belge leur fait remarquer que des mouvements aussi brusques menacent la sécurité de l'avion. À l'atterrissage, avec ses deux compagnons de supplice (Joseph Okito et Maurice Mpolo), il est encore roué de coups. Un sous-officier belge participe au lynchage. Dans la villa où ils sont gardés avant leur assassinat, plusieurs ministres du gouvernement katangais s'y mettent à leur tour. «Le costume de Moïse Tshombe [président autoproclamé du Katanga, NDLR] était tâché de sang», dira le lendemain son chef de cabinet. À 23 heures, c'est l'exécution. Dans une clairière, un capitaine belge commande le peloton, composé de quatre Congolais. Tshombe est là, avec ses ministres. Et, comme si cela ne suffisait pas, quelques jours après la rafale mortelle, les corps des trois suppliciés sont découpés et dissous dans un fût d'acide sulfurique par deux policiers belges. Le degré zéro de l'humanité.

 

À l'origine de cette cruauté, la peur qui s'est emparée des Blancs du Congo. Pourquoi ce sous-officier belge frappe-t-il Lumumba, ce 17 janvier 1961 ? Parce qu'il veut «venger» les femmes blanches violées six mois plus tôt à Thysville (aujourd'hui Mbanza-Ngungu), à 150 km au sud-ouest de Léopoldville. Dans le Congo de l'époque vivent plusieurs dizaines de milliers d'Européens, des Belges pour la plupart. Comme l'Algérie, comme l'Afrique du Sud, le Congo est une colonie de peuplement. La presse anglo-saxonne compare volontiers ce pays au régime d'apartheid d'Afrique du Sud. Chez les ultras belges du Katanga, le colonel Massu, le chef des parachutistes français d'Alger, est un héros. «Ce que fut le Congo belge est devenu un chaos», a lancé Baudouin, le roi des Belges, trois semaines après l'indépendance, le 21 juillet 1960. Et pour lui, l'homme du chaos, c'est Lumumba. En septembre, le Parlement belge a voté des fonds secrets pour financer le camp anti-Lumumba. À la tête de l'Opération des Nations unies au Congo (Onuc), l'Américain Andrew Cordier a confié à l'un de ses proches: «Nkrumah est le Mussolini d'Afrique, et Lumumba son petit Hitler.» Et le numéro un des services secrets belges à Léopoldville, le colonel Marlière, qui appelle Lumumba Satan dans ses messages codés, a affirmé: «Cet homme doit être supprimé, c'est une oeuvre de salubrité publique.»

 

Racisme

 

Les hommes clés de l'affaire

  • Gaston Eyskens (1905-1988),Premier ministre belge de juin 1958 à avril 1961, il est habile et coriace. Les coalitions changent, mais lui, l'ancien professeur à l'université catholique de Louvain, reste aux affaires. La preuve : en août 1960, il résiste à une offensive du roi Baudouin, qui le trouve trop modéré sur le dossier congolais et veut le débarquer.
  •  Le comte Harold d'Aspremont Lynden (1914-1967),ministre des Affaires africaines de septembre 1960 à avril 1961. Aspremont, c'est le Foccart de Bruxelles. Ancien résistant, il est au cabinet du Premier ministre quand le Katanga fait sécession. Aussitôt, Eyskens l'y envoie comme proconsul, puis lui confie les commandes du Congo à Bruxelles. Le mot d'ordre du 6 octobre: «L'objectif principal est évidemment l'élimination définitive de Lumumba», c'est lui. Le télex du 16 janvier à Élisabethville, c'est encore lui.
  •  Joseph Kasa-Vubu (1915-1969),premier président de la République du Congo à partir du 30 juin 1960.
  • Le colonel Joseph-Désiré Mobutu (1930-1997),chef d'état-major de l'armée congolaise à partir du 5 juillet 1960. Le 14 septembre, il «neutralise» Kasa-Vubu et Lumumba et prend le pouvoir une première fois.
  • Victor Nendaka (1923-2002), directeur de la Sûreté congolaise à partir de septembre 1960. Très brillant, il est d'abord le bras droit de Lumumba, puis celui de Mobutu. o Le colonel Louis Marlière (mort en mai 2000), chef des services belges à Léopoldville et conseiller de Mobutu à partir de juillet 1960.
  • Larry Devlin (1922-2008), chef de la CIA au Congo de 1960 à 1967.

 

La peur, donc, mais aussi une bonne dose de racisme ordinaire. En 2001, une commission parlementaire belge dira pudiquement qu'«en 1960, la mentalité de certains Belges demeurait imprégnée de colonialisme.» Dans les années 1950, l'évêque du Katanga, Mgr de Hemptinne, déclarait encore que «la race noire (n'avait) rien derrière elle. Peuple sans écriture, peuple sans Histoire, sans philosophie, sans consistance aucune...» L'autre ressort de cette cruauté, c'est l'anticommunisme. En juillet 1960, Lumumba a commis la maladresse de demander l'aide des Soviétiques pour transporter ses troupes jusqu'au front katangais. Le 18 août, à Washington, le président Eisenhower a présidé une réunion du Conseil de sécurité nationale. Le directeur de la CIA, Allen Dulles, a plaidé pour l'élimination physique de Lumumba. «Il y eut un silence de quinze secondes, puis le meeting se poursuivit», racontera un témoin. D'où la fameuse tentative d'empoisonnement avec un dentifrice spécial. «Si Lumumba se brosse les dents avec, il attrapera une poliomyélite foudroyante. Ni vu ni connu», avait alors confié un tueur professionnel à Larry Devlin, le chef de la CIA au Congo...

 

"Si je meurs demain, ce sera parce qu'un Blanc aura armé un Noir", avait un jour dit Lumumba.

 

Diabolique

 

Un jour, Lumumba a dit: «Si je meurs demain, ce sera parce qu'un Blanc aura armé un Noir.» C'est après la pénible scène de son arrestation, en décembre 1960, que les Belges et les Américains conçoivent ce plan diabolique : faire éliminer Lumumba par ses frères congolais. À Léopoldville? Non. Mobutu lui-même est réticent. Il a été très proche du leader du Mouvement national congolais (MNC). Il connaît son charisme au Congo et sur tout le continent - en 1958, lors d'une conférence à Accra, Lumumba a fraternisé avec Nasser, Nkrumah et Sékou Touré. Rusé, Mobutu sait que, s'il porte la responsabilité directe de la mort de Lumumba, il le paiera un jour. Par ailleurs, le 24 novembre, les Nations unies ont reconnu le gouvernement de Kasa-Vubu aux dépens de celui de Lumumba (53 voix contre 24). Pour les Occidentaux, ce n'est pas le moment de mettre un assassinat politique sur le dos de leur ami Kasa-Vubu. Son régime est trop fragile. Reste la solution katangaise. En juillet 1960, la province cuprifère du sud du Congo a proclamé son indépendance. Moïse Tshombe préside, mais les Belges gouvernent. Tshombe a toutes les raisons de vouloir éliminer Lumumba, mais, comme Mobutu, il devine que le prix à payer sera très lourd. D'abord pour sa chère province. Fini l'espoir de la reconnaissance internationale d'un Katanga indépendant. Ensuite pour lui-même. Et il n'a pas tort: dès que le Front de libération nationale (FLN) prendra le pouvoir à Alger, il poursuivra Tshombe de sa haine vengeresse, lui qu'il tient en partie pour responsable de la mort de Lumumba. En juin 1967, le président Boumédiène fera détourner son avion au-dessus des Baléares, et l'enfermera dans un cachot où il mourra deux ans plus tard, officiellement d'une «crise cardiaque».

 

En 1960, Tshombe pressent-il tout cela? Ce qui est sûr, c'est que jusqu'à la mi-janvier 1961, ses tuteurs belges d'Élisabethville et lui-même ont fait savoir à Bruxelles qu'ils ne voulaient pas recevoir le «cadeau empoisonné»

 

Lumumba.

 

Le 13 janvier 1961, tout s'emballe. Une mutinerie éclate au camp militaire de Thysville, où Lumumba est enfermé depuis six semaines. Du fond de son cachot, le tribun nationaliste a retourné une partie de ses geôliers. Panique chez les Blancs de Léopoldville. Mobutu et Victor Nendaka, le directeur de la Sûreté, un dur, réquisitionnent Kasa-Vubu et s'envolent pour Thysville, où ils rétablissent la situation in extremis, avec des liasses de billets. Mais le chef du camp, le colonel Bobozo, un Ngbandi comme Mobutu, dit à celui-ci: «Si une nouvelle mutinerie éclate, je ne pourrai plus garder Lumumba en prison.»

 

Aussitôt, le scénario katangais est enclenché. Le 16 janvier au matin, un télex de Bruxelles intime l'ordre à Élisabethville de recevoir le prisonnier. Vu les propos publics des ministres de Tshombe («S'il vient chez nous, nous le tuerons»), aucun doute n'est permis sur le sort qui attend Lumumba. Ce jour-là, le Premier ministre belge, Gaston Eyskens, et Mobutu décident de sang-froid la mort de Lumumba, avec la bénédiction de Dwight Eisenhower. Un crime d'État et, pour les Congolais, le premier pas d'une longue descente aux enfers.

 

Qui sont les huit Belges encore en vie mis en cause par la justice?

 

La famille Lumumba, à l'origine de la procédure, refuse de dévoiler leurs noms. Selon l'agence Belga, il pourrait notamment s'agir de Jacques Brassinne, un diplomate qui était, sous la présidence Tshombe, membre du «Bureau conseil», le gouvernement parallèle des Belges à Élisabethville. Étienne Davignon serait également dans le viseur: ancien vice-président de la Commission européenne, père de la compagnie Brussels Airlines, il était à l'époque diplomate. Quant à Charles Huyghé, il était le chef de cabinet du ministre katangais de la Défense. Vu leur jeune âge au moment des faits, tous trois n'étaient sans doute que des seconds couteaux.

 

 Christophe Boisbouvier

 

Lire l'article sur Jeuneafrique.com: Justice belge: qui a tué l'ancien Premier ministre congolais, Patrice Lumumba?|Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Christophe Boisbouvier - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article
1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 10:13

P.E LUMUMBAAprès plus de 50 ans de l'assassinat de Patrice-Emery Lumumba, le tout premier Premier ministre de l'ex Congo belge qui se disait "blanc", David Van Reybrouck retrace ses racines. En 2011, il raconte son récit après s'être rendu à Tshumbe, Wembo-Nyama, Dikungu et Onalua pour écouter et interroger ses compatriotes laïcs et religieux dans la contrée oubliée du District du Sankuru, Territoire de Katako-Kombe, en Province du Kasai-Oriental, où l'illustre héros vit le jour. Le récit que les commentateurs qualifient de "poignant et vivant" "sort tout droit du terroir sankurois. Il tranche nettement des clichés partisans rapidement esquissés par des historiens à la manque. [...] Un demi siècle après, le Congo de Lumumba n'arrête pas de faire d'énormes pas en arrière. Kiadi kibeni! Nkanji ndo nsonyi".


Son récit

«Tshumbe?», aboie le préposé de l’aéroport de Kinshasa. Il tourne et retourne dans tous les sens mon billet manuscrit. «C’est au Congo, ça?» Avant que j’aie eu le temps de lui répondre, le voilà flanqué d’un petit groupe de ses collègues. «Oui, fait l’un d’eux, c’est dans le district duSankuru, au Kasaï-Oriental.» J’acquiesce prudemment. «Ah bon?», répond le premier en rigolant.
 
Ça en dit long sur la réputation de la région. Le berceau de Patrice Lumumba est situé en plein cœur de l’immense pays, mais personne n’en entend plus parler. Ce nid de lumumbistes ayant délibérément été plongé dans l’oubli par Mobutu, toute la province est livrée depuis des décennies à son triste sort.
 
En dehors d’un hôpital reconstruit à Katako-Kombe, les infrastructures font cruellement défaut. L'Etat y est pour ainsi dire inexistant et le sol y est trop pauvre pour éveiller l’intérêt des pays voisins, des entreprises ou des bandits. On n’y accède plus en voiture depuis des lustres. Seul un «petit porteur» y atterrit une fois par semaine.
 
Je traverse lentement la bande d’asphalte qui me sépare d’un Fokker 50 à hélices devant lequel se tiennent une douzaine de passagers, dont un évêque en soutane. Au pied de l’escalier, j’échange quelques paroles avec Caroline, une Belge francophone venue rendre visite à une de ses connaissances. En prenant place dans l’appareil, je lui fais part de ma fascination pour Lumumba. Sa vie publique ayant duré cinq ans, sa carrière de Premier ministre fut interrompue après seulement deux mois: juillet et août 1960, période au cours de laquelle il dut gérer l’un des plus grands conflits politiques internationaux de l’après-guerre, la «Crise du Congo». Le 17 janvier 1961, il fut honteusement arraché à la vie avec la complicité de responsables congolais, katangais, américains et belges.
 
Les hélices du Fokker 50 se sont muées en disques transparents sous le rugissement desquels l’herbe des bas-côtés se courbe respectueusement. Je veux voir l’endroit d’où venait Lumumba, comprendre à quoi a pu ressembler son enfance. En survolant la jungle, Caroline m’apprend qu’elle est photographe amateur et qu’elle dispose de tout son temps. Nous décidons de voyager ensemble.
 
Tshumbe existe bel et bien et s’appelle en réalité Tshumbe Sainte-Marie. Juché sur une crête paisible, ce poste de mission catholique fut fondé en 1910 par des scheutistes (1) avant d’être repris en 1935 par les frères passionistes. Devant la vieille église en ruine s’étend une pleine herbeuse et sablonneuse où s’égaillent quelques chèvres bêlantes. La maison des passionistes est adossée à l’arrière de l’église. Il n’y a plus aucun Belge, mais tout au fond, au milieu des poulets et des canards, frère Jean Opotote étudie le crépuscule en habit blanc. «Depuis le jour de mon noviciat je ne porte rien d’autre», dit-il un peu trop fort. À 87 ans, frère Jean est un peu sourd mais son regard reflète encore l’éclat d’une lointaine jeunesse. «Même pour chasser! J’ai pris toutes sortes de bêtes dans ce même habit ! Et même un lion ! Mais je n’ai jamais eu la satisfaction de prendre un éléphant!»
 
Jean fut en 1944 l’un des premiers habitants de Tshumbe à devenir frère. «Oui, Lumumba, je m’en souviens bien. C’était l’époque où j’ai prononcé mes vœux. Il a été exclu par les protestants de Wembo-Nyama. Ils étaient trois solides garçons pourvus de bonnes facultés intellectuelles, mais leur mentalité ne s’accordait pas avec celle du directeur. Ils ont donc demandé à pouvoir faire ici leurs classes de primaire.»
 
Durant l’ère coloniale, les religieux se sont âprement disputé les âmes du Sankuru. Après les missionnaires catholiques belges on vit débarquer en 1914 des protestants américains, des méthodistes, qui avaient femme et enfants et ne s’affublaient pas de défroques ridicules. Ils s’installèrent à Wembo-Nyama. Les catholiques ne voyaient pas leur arrivée d’un bon œil: «Les protestants et les communistes ne doivent pas arriver les premiers!», écrivit l’un d’entre eux sur un ton paniqué. Officiellement, les missions catholiques et protestantes devaient être séparées d’au moins dix kilomètres. Entre Wembo-Nyama et Tshumbe, il y en a vingt à vol d’oiseau et presque quarante par la route, mais Lumumba naquit entre les deux: Onalua, son village natal, se trouvait à 33 kilomètres des catholiques et à huit kilomètres des protestants. Ce fut la cause de vives disputes familiales. Son père avait reçu le baptême catholique bien avant l’arrivée des protestants. Mais lorsque Lumumba se préparait à entamer sa scolarité, juste avant la guerre, c’est dans la proche école flambant neuve des Américains qu’il voulait étudier. Son père fut tellement en colère qu’il le bannit pendant de longs mois. Rarement vit-on un père aussi heureux lorsque, quatre ans plus tard, son fils fut renvoyé de l’école.
 
Il excellait en français et en maths, mais il était nul en religion. «Leur instituteur était mon condisciple Damase Wunga, se rappelle frère Jean, Nous avions étudié ensemble. Il vit encore, à Kinshasa, mais il a perdu la vue. Je l’entends encore dire: “Je comprends qu’ils les aient renvoyés. Leurs questions sont beaucoup trop intelligentes.” Moi-même je n’ai jamais parlé avec Lumumba, je le voyais seulement venir à l’école. Il n’y a passé qu’une année.»
 
En 5e primaire, il avait 18 ans; c’était la norme à l’époque. Le directeur nous conduit dans ce qui fut le préau. Ouvrant quelques armoires, il se met à farfouiller dans les piles de cahiers à moitié déchiquetés. «Voilà le registre des points», dit-il sur un ton solennel en avisant un fatras de pages vermoulues. «Ici !», s’exclame-t-il soudain après une demi-heure de fouille, l’index posé sur un tableau. Année: 1943. Instituteur: Damase Wunga. Numéro 20: Patrice Lumumba. Un document unique que les historiens croyaient perdu depuis des lustres. Ses résultats scolaires sur les trois trimestres; et sa note finale: 64 %. Lumumba fut 28e sur 51 élèves. Pas vraiment exceptionnel pour un futur homme d’Etat.
 
Je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais me retrouver une semaine plus tard, dans un quartier populaire de Kinshasa, face au vieil aveugle qui fut jadis son instituteur: Damase Wunga. «Lumumba excellait en français et en mathématiques, m’expliquera-t-il, mais il était absolument nul aux cours de religion et d’histoire sainte. Il se fichait éperdument des catholiques, hein!» Que pouvait-il y avoir de si sacré dans une Histoire qu’on enseignait différemment 40 kilomètres plus loin?
 
Le document atteste d’un fait bien plus frappant que ses points. A sa naissance, en 1925, on lui donna un autre nom: Isaïe Tasumbu. Mais ce «self-made man» prit un jour une décision plutôt inhabituelle : changer de nom de sa propre initiative. Quand ? En partant pour la ville, comme il est de coutume de le croire? Non, il n’était alors qu’un écolier. Ayant rompu avec son père, il remplaça le patronyme Tasumbu, hérité de ce dernier, par Lumumba, un nom issu de sa lignée maternelle. Quant au prénom Isaïe, par trop biblique, il dut lui préférer celui de Patrice, bien plus contemporain.
 
Nous devions partir à 6 heures mais il est en déjà 10 passées. Trois motos nous attendent, réservoirs pleins plus quelques jerrycans, faute de ravitaillement sur la route. Nous ne croiserons aucun autre véhicule à moteur pendant les quatre jours suivants. Un des pilotes manque à l’appel. André et Manya se lancent dans un conciliabule. «On pourrait peut-être emmener Diarrhée?». Plaît-il ? Au bout d’une demi-heure, Diarrhée s’avère être le sobriquet de Raphaël, une vraie balèze qui souffre de maux divers – de tout sauf de coliques. Il est le seul à porter un casque – rose – barré d’un «only one helmet» manifestement approprié. Un certain Pierre Wetshomba nous accompagne, Caroline et moi. En dehors de sa charge d’inspecteur scolaire, notre sympathique compagnon anime une émission de radio locale – quand il y a assez d’essence pour faire tourner le groupe électrogène. «Nous aspergeons dans un rayon de 250 kilomètres, nous assure ce poète. Hier soir, j’ai annoncé notre venue, en Tetela.»
 
Notre inspecteur grimpe derrière André, Caroline hérite de Diarrhée et moi de Manya. Cinq minutes à peine et nous voilà déjà en pleine savane. Le Tetela est la langue d’une peuplade qui se déploie dans la savane et aux abords de la forêt. L’ethnie Tetela, dont descendait Lumumba, a été la cible d’un certain nombre de clichés contradictoires: guerriers sans merci, cannibales ou non; ou inlassables travailleurs, éminemment fiables. Un seul de ces stéréotypes paraît vraisemblable: les Tetela n’ont jamais eu de véritable pouvoir central et on leur prête depuis toujours des tendances anarchistes.
 
Nous commençons par emprunter une large piste en terre battue. À proximité de l’ancienne léproserie de Dikungu, la route devient si large qu’un avion pouvait naguère s’y poser. Nous faisons halte douze kilomètres plus loin. «Ça doit être ici», annonce l’inspecteur. À l’ombre d’un arbre, le vieil André Kafua trône sur une petite chaise basse à l’entrée de sa case. Il se déplace péniblement, mais s’exprime avec vivacité. «Lumumba, je l’ai très bien connu. Nous étions du même village et fréquentions la même école. J’étais l’un des trois élèves renvoyés par les protestants. Nous avons même vécu ensemble à Tshumbé. Lumumba avait une longueur d’avance en français.» Il parle Tetela mais l’inspecteur nous sert d’interprète. «Il possédait un livre de grammaire dont il ne se séparait jamais. En classe, il ne prenait jamais note – “C’est trop facile !”, disait-il tout le temps. Tous les midis, il ramenait des camarades à la maison et leur donnait cours. Il nous faisait la dictée. J’en connais encore une par cœur.» Et le voilà qui nous récite une leçon vieille de soixante ans dans un français des plus châtiés: «Chérissez votre instituteur. Il est celui qui vous guide. Respectez-le comme vous respectez votre père. Prêtez-lui la plus grande attention.
 
Montrez-vous toujours conciliant et obéissant. Les élèves humbles et studieux font la joie des professeurs. Gardez-vous de le décevoir. Quiconque est un fardeau pour qui lui consacre son temps n’est autre qu’un ingrat.» «C’est Patrice qui me l’a appris ! Il adorait ce texte. Il le récitait souvent.»
 
L’instituteur comme figure paternelle : de même qu’il avait renié son père en s’attribuant lui-même un nouveau nom, Lumumba dénigrait le corps enseignant en s’improvisant instituteur. Un anarchiste, sans l’ombre d’un doute! Informé de notre arrivée par la radio, André Kafua a mis par écrit ses souvenirs au sujet de Patrice, à notre intention. Dont ce passage éloquent: «Patrice s’est disputé avec l’instituteur Damase Wunga concernant l’orthographe de termes français notés sur le tableau», lit-on dans une calligraphie délicieusement pleine de rondeurs. «Patrice prétendait relever les fautes du professeur: “Ce n’est pas juste, il manque un s. C’est une erreur, il faudrait un accent aigu. Ici, il devrait y avoir un e muet et là, un accent circonflexe.” Le ton commença à monter. C’était un mercredi, jour où Monpère nous distribuait nos six francs hebdomadaires et un peu de sel. Après avoir demandé ce qui se passait, Monpère dit que les fautes relevées par Patrice Lumumba en étaient effectivement. L’instituteur en fut couvert de honte et Patrice commença alors à se vanter de son niveau en français. “Ça n’a pas de sens de rester ici”, disait-il. “Je dois quitter cette école, l’instituteur doit commencer à me haïr.”» On devait lui laver les pieds parce qu’il disait qu’il était "Blanc".
 
Nous repartons vers Onalua, douze kilomètres de plus. Il y a habituellement une maison en pierre au centre des villages: celle du chef. Elle est flanquée d’un magistral auvent en paille soutenu par des piliers en bois. Au village de Lumumba, le chef attend silencieusement notre venue. Lui aussi a dû être averti par la radio: par-dessus son costume deux pièces de coupe occidentale il arbore une ceinture en peau de léopard et un collier de dents du même animal, les attributs traditionnels des chefs. Son couvre-chef d’apparat, dont sortent deux longues cornes ornées de perles, est encore plus intimidant. Je me sens minuscule… Et sa voix douce, ses gestes posés, tout contribue à renforcer ce sentiment. «Tout le monde vous attendait.»
 
Tous les villageois – plus de cent personnes – sont abrités sous l’auvent. Les enfants jouent sur le sable, les jeunes se pressent vers le fond et les vieillards sont juchés sur des tabourets. Le chef trône à une extrémité sur ce qui doit être le summum du confort contemporain: un siège de jardin en plastique. Nous lui faisons face. A notre droite, une rangée de seniors qui ont dû attendre là toute la matinée. André Tshupa est le troisième mousquetaire passé des protestants aux catholiques: «Je suis né le même jour que Lumumba. C’était mon meilleur ami. Nous avons suivi ensemble notre première année d’école ici, au village, avant de nous rendre à pied, tous les matins à cinq heures, jusqu’à Wembo-Nyama. Nous partagions le même lit. On se bagarrait souvent ; il ne se rendait pas facilement. Il se targuait toujours d’être un Blanc.»
 
Comment? Lumumba, le grand défenseur de la liberté, aurait voulu être blanc ? Les autres confirment sans réserve. David Kinombe et Moïse Oduwoduwo avaient dix ans de moins: «Il n’arrêtait pas de fanfaronner. Il nous disait tout le temps qu’on devait lui laver les pieds parce que c’était un Blanc!» «Oui, c’était quand on allait à la source. Non, il n’était pas méchant, juste différent. Les cadets devaient porter ses livres pour aller à l’école.» Les filles du village étaient dispensées de cette corvée, mais elles étaient obligées de danser en chantant qu’il était blanc. «Ça allait comme ça, entonne Henriette Kombe. Patrice, lee-ee, si chic, lee-ee, si fier, lee-ee, un Blanc, le fils d’Olenga.» Il était bien-aimé, insistent les villageois. Il était très intelligent. Il avait fière allure et savait bien danser. Son père était pauvre et s’en occupait très mal; Lumumba devait pêcher sa propre nourriture dans la rivière. Un type énorme, le père, qui se saoulait au vin de palme et n’hésitait pas à recourir à la violence. Lorsque la mère se lia à un autre homme, il la menaça avec un couteau et a d’ailleurs été emprisonné pour cette raison. «Et il battait Patrice, évidemment.»
 
À la fin des années cinquante, Lumumba est repassé au village. Comme un «évolué», comme un dandy. Les fines étoffes qu’il revêtait et sa cravate firent certes vive impression, mais qu’il puisse voyager en compagnie d’un Blanc, et surtout dîner avec lui, ça dépassait l’entendement. «Le chef a rassemblé tous les enfants du village pour qu’on aille le regarder manger. Avec des couverts! Et sur une table! On poussait des cris et Lumumba nous distribuait des quignons de pain.» Béatrice Okoko était alors une jeune fille: «Lumumba m’a fait la cour. Il était déjà marié! Il était si élégant et séduisant! Il a même tiré une flasque de whisky de sa poche intérieure et prononcé ces mots: “Nous devons obtenir l’Indépendance.”»
 
Ces évocations nostalgiques provoquent soudain quelques clameurs à l’autre bout de la tente. Un jeune homme se lève, le regard enflammé. «Lumumba s’est sacrifié, mais nous n’avons toujours rien!Lumumba a étudié dans des écoles de fortune, les mêmes que nous fréquentons encore aujourd’hui. Rien n’a changé après cinquante ans, rien! Nous n’avons rien tiré de notre indépendance. Nous mourrons tous un jour, même notre chef, exactement comme avant l’Indépendance. Nous voulons du changement! Et du développement! Un pont, un hôpital, une école!»
 
À 8 kilomètres de là se trouve Wembo-Nyama, un vaste village. L’église, les écoles et les habitations des missionnaires américains sont toujours là. C’est ici qu’étudia Lumumba de 1939 à 1942. En 4e année, il était en classe avec Benoît Mwembo, 90 ans aujourd’hui. « Il était vraiment très intelligent. Un garçon si brillant renvoyé de l’école… Par après, on s’écrivait toutes les semaines. La nouvelle de son assassinat m’a effondré. La vie n’avait plus aucun sens. Ça continue à me faire de la peine. J’adorais cet homme-là. » A 20 ans, il n’a pas dû faire son service militaire ni les travaux forcés.
 
Diarrhée s’impatiente. La mission de Tunda est encore très loin, à au moins 80 kilomètres. Il faut traverser la Lomami avant le crépuscule. Nous enfourchons les motos et chevauchons à travers le paysage infini. La voie où deux voitures pouvaient se croiser à l’époque coloniale, envahie par l’herbe et les broussailles, se rétrécit dangereusement jusqu’à devenir une bande qui ne dépasse que rarement les dix centimètres de large : l’épaisseur d’un pneu de moto.
 
Comme nous traversons des villages, nous ralentissons. Des gosses nous courent après en nous faisant signe des deux mains. Quelques-uns sont en haillons, la plupart ne portent rien. Il n’y a nulle part ni électricité ni eau courante ; sans même parler de couverture GSM. La misère est partout : la région est retournée depuis longtemps à une économie prémonétaire. Dans un hameau, une gazelle vient d’être abattue. Le chasseur lui ouvre le thorax à coups de machette. Pendant que Diarrhée achète les pattes de derrière pour une bouchée de pain, quelques gamins viennent se mirer – pour la toute première fois – dans nos rétroviseurs. Les plus petits s’enfuient en glapissant : ils n’avaient encore jamais vu un Blanc.
 
Le soleil commence à se coucher. La vallée de la Lomami se déploie en un golfe majestueux dans la lumière du soir. Encore quelques kilomètres et nous atteignons le village qui longe la berge. La lumière décroît, mais le spectacle reste grandiose. Impétueuse et rougeoyante, cette rivière large de 150 mètres sépare les provinces du Kasaï-Oriental et du Maniema. La traversée se fait en canot chancelant juste assez ample pour passer une moto à la fois. Une fois tout le monde sur l’autre rive, il fait un noir d’encre. Je demande à Manya pourquoi il a fallu palabrer si longtemps. «Ils voulaient plus d’argent.» «Pourquoi?» «Parce qu’ils ont repéré un hippopotame. Ils sont plus dangereux quand il fait nuit.»
 
«Lumumba a fait sa 6e ici», raconte le vieux Longia-Kamana le lendemain matin, à Tunda. «Moi-même, j’étais alors en 2e.» Tunda était un poste de mission protestant où Lumumba a étudié quelques mois. «Je l’ai vu se confectionner des chaussures et des chapeaux avec des rameaux. Je trouvais ça très futé. Tout le monde allait pieds nus, en short et en singlet ; mais lui, il avait une allure de star. Il se coiffait avec une raie sur le côté et nous encourageait à l’imiter. Il s’est aussi mis à porter des lunettes. On en trouvait dans certains magasins pour deux francs de l’époque. Ma vue était bonne, mais moi aussi je m’en suis procuré une paire, juste pour poser. On ne pouvait pas les porter à l’école, mais ça donnait de l’allure.» Ici aussi, un conflit avec le clergé le forcerait à s’en aller.
 
Lumumba avait tout juste 20 ans. Il avait traversé les années de guerre sans passer par le service militaire ni les travaux forcés. Il n’avait pas dû se battre, ni récolter du caoutchouc ou cueillir du coton. Il avait connu quatre écoles et trois renvois. L’éducation n’ayant pas suffi à lui ouvrir les portes du monde, il ne lui restait plus qu’à émigrer. Lumumba partit donc en ville. Après Kalima, il débarqua à Stanleyville où, autodidaxie et militantisme associatif aidant, il devint le jeune homme plein d’assurance dont le destin allait marquer le monde entier.
 
Paul Wemb’okoko-Ngandu est assis à côté de moi sur un muret branlant. Actuel directeur de l’école d’infirmiers, il est né un jour avant la proclamation d’indépendance. «Lumumba avait une vision, celle de notre liberté et de notre autodétermination, dit-il avec mélancolie. C’était un héros, mais tout a été trop vite. Aujourd’hui, rien ne fonctionne. L’école me procure bien un peu d’argent mais, pendant les vacances, je dois cultiver mon propre riz et mon manioc, et m’occuper d’une chèvre pour assurer ma pitance. Notre pays déborde de richesses. Depuis 1960, l’argent ne s’enfuit plus vers la Belgique: tout reste ici, mais rares sont ceux qui en profitent. Nos élites vivent aujourd’hui dans des villas. Quant au reste du peuple, il est plongé dans l’apathie.»
 
Traduit par Daniel Berkenbaum
 
(1) Membre de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, fondée à Scheut, un quartier d’Anderlecht.
 
 
Repost 0
Published by Traduit par Daniel Berkenbaum - dans DOSSIER PATRICE-EMERY LUMUMBA
commenter cet article