L'EGLISE REFUSE DE TEMOIGNER
Monsieur Pierre LOHOHOLA, Professeur d'Universités, citoyen de la République Démocratique du Congo, est chrétien catholique.
Ancien Président du Mouvement International des Etudiants Catholiques pour la RDC(MIEC, en sigle), il est auteur de plusiseurs ouvrages sur la formation des observateurs des élections.
Préoccupé par ce qui se passe au sujet des élections de novembre 2011 dans son pays, il adresse une lettre au Président de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) pour porter au loin
son cri de coeur.
A Son Excellence Mgr DJOMO Nicolas
Président de la CENCO
Kinshasa-Gombe
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Excellence,
Je vous écris aujourd’hui en tant que citoyen et je vous adresse, avant tout, mes chaleureuses salutations.
Depuis que vous avez fait dernièrement une sortie médiatique au cours de laquelle vous auriez déclaré que l’Eglise ne va pas
publier les résultats des élections du 28 novembre 2011 dont elle a été l’une des observatrices, nous recevons beaucoup de messages exprimant la désolation du peuple congolais et vous qualifiant
même de traitre.
En effet, beaucoup de gens (moi y compris) se demandent pourquoi l’Eglise catholique du Congo a-t-elle fait des démarches auprès
des organismes pour avoir des moyens financiers dans le but d’organiser une mission d’observation des élections alors qu’elle n’avait pas l’intention de donner un moindre avis desdites
élections.
Je ne sais pas quelle est votre réponse à toutes ces attaques et à toutes ces interrogations et inquiétudes de la population mais,
en ce qui me concerne, en tant qu’intellectuel et en tant que chrétien catholique, je suis préoccupé par une chose: lorsque vous dites que «les élections, c’est l’affaire des politiciens et
que l’Eglise n’a pas à y intervenir», je me pose la question de savoir quel est alors le rôle de l’Eglise? A quel moment doit-elle rendre témoignage? A quel moment le peuple congolais
pourra-t-il faire recours à elle? Et je vous demande qu’allez-vous répondre si les politiciens demandent, à leur tour, à l’Eglise de se désengager de l’éducation, de la
santé, du social, du développement… qui sont les compétences de l’Etat et donc aussi l’affaire des politiciens? Ma préoccupation est
d’autant plus importante lorsque je me replonge dans les lettres encycliques ou autres documents des Pères de l’Eglise comme «Sollicitudo rei socialis, Christi fidelis laici, Rerum
novarum… ». Car ces documents encouragent les chrétiens à s’engager dans le domaine politique dans le but d’aider nos pays à aller de l’avant. Lorsque j’étais président du MIEC
(mouvement international des étudiants catholiques) pour la RDC, j’avais obtenu de l’argent de l’Action de Carême Suisse pour former des observateurs des élections. La plupart sont des
responsables aujourd’hui. Mais, je demandais à mes amis de pouvoir s’engager pour être aussi des candidats puisque, pour moi, il ne sert à rien d’observer les élections des candidats qui n’ont
pas la volonté de servir le pays.
Aujourd’hui, je considère que c’était une erreur grave de la part de la CENCO de gaspiller de l’argent en déployant 30.000
observateurs sur le terrain pour rien dans un pays pauvre comme le Congo (dernier dans le classement du PNUD). De la même manière, je considère qu’il est inutile pour le pays de gaspiller
énormément de l’argent (350.000.000 USD cette année) dans l’organisation des élections si l’on ne doit pas en considérer les résultats. Autant donner carrément un mandat de 20 ans ou de 30 ans à
un président en place et utiliser cet argent pour autre chose.
Excellence,
Ma peine est de voir qu’aujourd’hui dans notre pays, l’Eglise de Jésus Christ a refusé de rendre témoignage. Elle a refusé de
jouer le rôle prophétique que le peuple attend d’elle.
Bon travail !
Prof. Dr. Pierre Lohohola Osomba
Kinshasa
RDC
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