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  • : ANJASHI WA TSHUMBE
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  • : Un espace web pour informations et communications, échanges et contacts, analyses, opinions et débats sur la vie. Champs d'intérêt: Vie de l'Église Catholique Romaine et vie en République Démocratique du Congo.
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  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 09:47

  Remise cadeaux (2)

 

A mes Chers Anciens  Séminaristes,

Confrères bien aimés dans le Sacerdoce.

 

 

 

Remise cadeaux (2)Remise cadeaux (1) 

 

 

 

Chers  Confrères,

 

 

1. En ce jour du 22 juillet 2012, ma joie est immense. Date fatidique s’il en est, à laquelle Dieu dans sa miséricorde me rend témoin, bien que lointain, de l’aboutissement, du mûrissement, et de la réalisation d’un rêve que chacun de vous a nourri depuis sa tendre enfance. Je ne vous appellerai plus mes séminaristes, car vous êtes désormais mes confrères. En effet, l’année où l’Eglise, notre Eglise, mandatée par le ciel, ordonne un prêtre, elle se trouve en des dispositions pour rêver volontiers d’être reconnue un jour Mère de l’humanité en route vers le salut.

 

 2. Je rends grâce au Seigneur pour ce don grandiose qu’il vient de faire à notre diocèse, à notre peuple aujourd’hui à travers votre ordination sacerdotale. Sept prêtres, sept serviteurs de l’Evangile, c’est une merveille devant mes yeux !! Oui, je rends grâce au Seigneur pour sa miséricorde et félicite chacun de vous pour la détermination, l’abnégation et la volonté ferme d’arriver à ce jour. Tant d’années de formation, parsemées de joie, de bonheur, de réussite, de plaisir, mais aussi d’épreuves, d’ombres et des affres de la guerre.

 

 3. L’histoire du peuple de Dieu n’a pas commencé par la construction d’une église au milieu d’une population opprimée, ni par une réforme dans le culte, mais par l’événement concret de sa libération, c’est-à-dire de son passage de peuple esclavage à un peuple libre. C’est la perspective qu’ouvre à ce jour pour notre peuple, votre ordination sacerdotale. Le sacerdoce du Christ auquel vous participerez de manière privilégiée fait de vous des instruments pour la libération de son peuple. Dieu a appelé chacun de vous de ténèbres à son  admirable Lumière!

 

 4. «Tout grand prêtre, en effet, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes pour leurs rapports avec Dieu. Son rôle est d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est capable d’avoir de la compréhension pour ceux qui ne savent pas et s’égarent, car il est, lui aussi, atteint de tous côtés par la faiblesse et à cause d’elle, il doit offrir pour lui-même aussi bien que pour le peuple, des sacrifices pour les péchés. On ne s’attribue pas à soi-même cet honneur, on le reçoit par l’appel de Dieu, comme ce fut le cas pour Aaron» (Hé 5,1-4). C’est ainsi que le Christ non plus ne s’est pas attribué à lui-même la gloire de devenir grand prêtre; il l’a reçue de celui qui lui a dit: Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, conformément à cette autre parole: Tu es prêtre pour l’éternité à la manière de Melchisédek (Hé 5,5-6).

 

 5. En choisissant de m’adresser à vous en cette circonstance heureuse, j’ai conscience de devoir parler du sacerdoce, sujet à la fois alléchant et délicat. Quelle responsabilité pour un prêtre, ancien formateur ! Lui, qui se sent « ’un d’eux», se demande pourquoi il lui échoit de prendre la plume et de s’adresser aux autres, ses confrères, ses jeunes confrères. Tel le prophète Elie, étendu sous son genêt, je proteste devant le Seigneur que je ne suis pas meilleur que mes frères (1 Rois 19,4), vos autres anciens formateurs et ainés dans le sacerdoce; je balbutie  pauvrement la parole de Dieu, et me cogne moi aussi dans tous les sens à l’incrédulité massive… Et puis, enfoui dans un recoin de la grande famille presbytérale, comment pourrais-je m’ériger en connaisseur de toute ses richesses présentes, et plus encore en prophète de toutes ses virtualités ? Tout cela aurait eu raison de mon désir et de ma détermination à vous traduire ma joie et mon exubérance à l’occasion de votre ordination sacerdotale. Mais hélas, ce serait vraiment là, imposer à notre longue histoire un pur goût de l’inachevé.

 

Cher confrères,

6. A une époque à la fois passionnante et ingrate pour le ministère de Jésus-Christ, et  où des cœurs peuvent se trouver secrètement ulcérés, il se pourrait que telle phrase, telle locution, à cause du tranchant de l’expression ou de la massivité de l’exigence, survienne mal à propos et fasse douleur. Ce serait pourtant bien involontaire. Mon propos n’est certes pas d’accabler encore un peu plus le dos de ces jeunes prêtres que vous  êtes. Il vise plutôt à vous redire avec une ferveur nouvelle que le sacerdoce de Jésus-Christ demeure, aujourd’hui plus que jamais, la grande chance de notre humanité, l’agent le plus efficace du seul succès historique digne de ce nom : l’avènement du Royaume de Dieu. Car il ne se peut que le Seigneur n’ait pas confié, à ceux qu’il nomme affectueusement ses «amis» (Jn 15,15), le plus beau, et par conséquent le plus difficile, des services.

 

7. Au matin de votre ordination sacerdotale, j’ai hâte d’inviter chacun de vous à s’imprégner longuement de l’évangile johannique, pour comprendre que le suprême désir de Jésus, en qui se livre tout l’amour du Père, c’est de «demeurer» en nous, de «souper» avec nous. Notre intimité visible avec Lui est sans doute la plus belle réclame que nous puissions Lui faire. Oserions-nous décliner l’invitation par peur de l’ «intimisme»? Permettez-moi de revenir, chers confrères, sur ce que je considère comme le fondement et la source de toute vie et activité de prêtre. Volontiers, je vais devoir m’arrêter à ce qui dans la personne du prêtre, rend son ministère possible et fécond.

 

8. En effet, disciple et témoin, le prêtre  sait  que l’essentiel de son  ministère actuel trouve sa source dans le ministère confié par Jésus aux apôtres. Aussi, être disciple et témoin, exige-t-il de se nourrir aux sources, c’est-à-dire découvrir avant tout le sens et l’enjeu de «ce qui s’est passé dans toute la Judée: Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée, après le baptême prêché par Jean ; comment Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, Lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés sous le pouvoir du diable; car Dieu était avec Lui…Lui qu’ils sont allés jusqu’à faire mourir en le suspendant au gibet, Dieu l’a ressuscité le troisième jour et Lui a donné de se manifester…» (Ac. 10,37-40).

 

9. Tout a effectivement commencé avec Jésus qui, à travers paroles et actes rend manifeste pour ses contemporains ce que signifie un monde où Dieu règne. En faisant revivre le Nom de Dieu dans le pays des juifs il ouvre une nouvelle chance de vie pour les hommes qu’il rencontre. Avec Lui, tout devient possible: «Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. (Lc 7,22).  Cette vie remplie de l’Esprit au service des hommes, Jésus ne la mène pas comme un prophète solitaire. Il appelle des disciples, et en particulier les douze «pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons» (Mc 3,14-15). Soyez donc des prêtres à la manière des apôtres, disciples et témoins.

 

 10. Pour les apôtres, comme  pour les prêtres d’aujourd’hui, devenir ministre de l’évangile, présuppose qu’on soit d’abord disciple, avec tout ce que cela implique de conversion. L’exercice de votre nouveau ministère vous fera découvrir tout ce que l’évangile apporte de neuf, d’inattendu, de libérateur dans votre propre vie de prêtre. Il faut avoir fait l’expérience personnelle de ce que signifie partager la foi et s’engager, comme membre, dans une communauté avant  de pouvoir devenir animateur. Il importe de passer par ce long apprentissage des réflexes évangéliques dans sa propre vie pour devenir capable  d’aider une communauté à les acquérir à son tour. Il faut en d’autres termes, devenir chrétien avant de pouvoir être authentiquement prêtre.

 

11. Au bout de vingt ans de sacerdoce, je peux l’avouer, la vie sacerdotale est un véritable commerce où s’opère un va et vient continuel entre plusieurs éléments. La prière qui est avant tout écoute patiente de Celui dont les pensées ne sont pas les nôtres  et les voies ne sont pas nos voies. (Is 55,8). Le moment où l’on apprend d’abord la spécificité du contenu de la semence chrétienne, ensuite les différents problèmes que pose le sol et enfin l’art de semer. La vie ordinaire avec son lot de relations sociales, le travail, les loisirs; l’insertion dans l’expérience d’autres communautés. Tout cela est une école que cette nouvelle étape de votre vie inaugure.

 

12. Prêtres à la manière des apôtres, vous êtes aussi des témoins. Naturellement le témoignage apostolique est d’une nature et d’un contenu tout à fait unique et spécifique. Mais cela n’empêche pas que l’on puisse définir le prêtre d’aujourd’hui comme témoin. Or l’essentiel du témoin, c’est qu’il partage avec d’autres ce qu’il a vécu lui-même, ce qu’il a expérimenté. On ne saurait être ministre de l’évangile par «ouï-dire». Le prêtre est appelé-pour reprendre la formule consacrée de  saint Paul- à transmettre  ce qu’il a reçu (1cor 11,23; 15,3). Mais ce qu’il a reçu passe  à travers, au dedans de sa propre vie, devient expérience vécue. Et c’est de là que jaillit le témoignage. Pendant tout votre cheminement au Séminaire comme en stage, vous avez découvert dans l’intimité du Christ votre maître, la joie de croire, faites donc boire d’autres à votre coupe que je souhaite débordante.

 

13. Témoins par toute votre vie désormais, vous êtes infiniment plus que les hommes du sacré. Le christianisme remet d’ailleurs le sacré en plein dans le profane, le spirituel dans la chair du monde. Etre témoin de la nouveauté du Christ, c’est bien plus qu’être le gestionnaire du sentiment religieux des hommes parmi lesquels on exerce son ministère. Il s’agira par contre, et je l’espère fermement, de les inviter à devenir également disciples et témoins de l’amour de Dieu.

 

14. Qu’il me soit accordé de rappeler  en cette circonstance solennelle, ce que j’estime être les véritables exigences d’un sacerdoce à la manière des apôtres. Parmi toutes, j’en retiendrai principalement trois, à savoir: vivre la Pâque de l’apôtre, se conjuguer au passif et entrer dans la foi des apôtres. Celles-ci permettent de discerner le vrai critère de réussite apostolique  ou si l’on veut, le levier d’action qui se trouve dans les mains de l’apôtre. Elles permettent également d’apprécier le vrai sens et l’exacte portée de ce qu’on appelle la fécondité sacerdotale.

 

Chers confrères,

15. Je vous exhorte à vivre dès aujourd’hui la Pâque de l’apôtre. En effet, l’ouvrier de l’Evangile, c’est quelqu’un qui sème la vie dans les autres par la mort qu’il porte en lui. Le ministère sacerdotal est une vérification permanente du mystère pascal, et de sa paradoxale efficacité, qui tire les moissons des enfouissements du grain de blé. L’apôtre est donc un homme qui a à sa disposition le levier même avec lequel Jésus soulève le monde: mais à condition d’en faire les frais, d’expérimenter en lui le dynamisme crucifiant de la Pâque. De fait, lorsque saint Paul parle à ses fidèles de la mort et de la résurrection de Jésus, il ne le fait pas du bout des lèvres, comme le simple colporteur d’une histoire extérieure qui ne le toucherait pas: il s’en montre au contraire terriblement affecté. La mort du Seigneur, il l’expérimente en lui de façon concrète: c’est sa «désolation»; la vie du Seigneur, il l’éprouve aussi d’une manière tout existentielle: c’est sa «consolation». Le mystère pascal, Paul, donc, le propose comme  prophétiquement vécu dans sa condition apostolique; il le livre à chaud aux destinataires de ses épitres, comme une preuve tangible que l’action divine passe par la souffrance de l’ouvrier de l’Evangile. Notre fécondité sacerdotale n’est pas ailleurs; il n ya pas d’autres rédemption que celle-là.

 

 16. Mais qu’est-ce  que donc cette «mort»  pour l’apôtre des gentils dont vous préférerez toujours le modèle? C’est sa condition humiliée d’apôtre: son apparence chétive et la pauvreté de ses moyens (1cor 2,3-5), qui font de lui un minable pot de terre (2cor 4,7), fragile et sans valeur. C’est l’opposition qu’il rencontre, la suspicion jetée sur son ministère (2cor 3,1-3), le sabotage de son œuvre derrière lui par des «archi-apôtres» intrigants (2 cor 11,5). C’est l’incompréhension qu’il rencontre ; la douleur cuisante de devoir passer pour un inutile, alors qu’on porte en soi des richesses incalculables qui ne demandent qu’à se déverser (2 cor 8,10); c’est cette situation d’ «ordure» et de «râclure» (1cor 4, 13): n’est-il pas ce trouble-fête qui intervient «à temps et à contre-temps» (2cor 4,2), sans se laisser ligoter par la démagogie ou le désir de plaire (Gal 1,10). Dès lors il porte en son corps comme des sillons profonds, ces «marques de Jésus» (Gal 6,17) que lui ont laissé les cinglantes lanières du refus  c’est une véritable « écharde en sa chair» (2cor 12,7-10). Sans parler du reste: son obsession quotidienne pour toutes les Eglises (2 cor 11, 28); il a fiancé des hommes au Christ, et les aime d’une passion jalouse (2 cor  11, 1-4): «Vous êtes dans nos cœurs à la vie comme à la mort», leur écrit-il (2cor 7,3).

 

 17. Soyez persuadés et profondément convaincus que l’efficacité apostolique est régie par la loi pascale : que la Pâque de Jésus s’atteste elle-même dans le sérieux d’une vie missionnaire et sacerdotale. La Croix, simplement proférée comme parole humaine, apparait comme une énormité (1cor 1,18); mais, vécue intensément par l’apôtre, elle devient puissance de Dieu. Loin de nuire à l’ouvrier de l’Evangile, elle fait toute sa fécondité: par elle, en effet, Dieu accrédite son employé, en l’exhibant comme le dernier des hommes (1cor 4, 9), et c’est alors qu’il se produit quelque chose. Le ministère, ce n’est pas  autre chose que le déploiement de la force du Seigneur dans la faiblesse de son apôtre (2cor 12,9). Ce n’est pas autre chose que la Rédemption en acte.

 

18. Etre prêtre à la manière des apôtres, c’est dès maintenant apprendre à se conjuguer au passif. En effet, la vie apostolique est incompréhensible à elle-même, en dehors de cette phrase de Jésus: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est Moi qui vous ai choisis» (Jn 15,16). Vous, prêtres d’aujourd’hui, comme vos ainés d’hier, personne n’a pu s’imposer ni s’autoproclamer : Quelqu’un est venu nous chercher, pour le pur service du Père ; et cela donne à notre ministère une physionomie bien particulière. La pauvreté qui nous est demandée, ce n’est pas tant de congédier les objets, opération relativement facile : c’est de nous congédier nous-mêmes comme sujets de notre vie sacerdotale. C’est de nous déprendre de nous sous l’emprise du Christ : de nous appauvrir de ce qu’il se consacre. Pas avec un air victimal, mais joyeusement : toute la gloire en revient au Seigneur qui, poursuivant le mouvement de sa kénose, s’abaisse à vouloir posséder ce «moyen pauvre» qu’est chacun de nous.

 

19. Aussi, la vie ardente de l’apôtre, c’est l’histoire de sa progressive dépossession. La fidélité du Christ ne cesse de démanteler, parfois à boulets rouges, cette geste que nous imaginons, et dont nous nous voulons les héroïques entrepreneurs. Mais, quand Dieu parait renversant, c’est qu’il nous remet à l’endroit. Alors la réalité dépasse la fiction. A toutes les rêveries généreuses que nous sécrétons, et qui nous tourmentent, et qui sont une version mythique des événements, Jésus oppose la véritable histoire, celle qu’Il articule Lui-même. Il en est de notre action sacerdotale comme de la construction du temple projetée par David (2 Samuel 7) : au fond, David sans qu’on puisse suspecter un instant son intention d’honorer Dieu, aurait voulu faire de cet édifice sacré le couronnement de ses combats et de ses travaux d’urbanisme.

 

20. Assurément, l’opération visait à installer le Seigneur en bonne place : mais cette installation aurait été avant tout l’œuvre de David. Ainsi, Yahvé, sans rejeter définitivement ce projet, envoie son prophète Nathan pour mettre les choses au point et surtout reprendre l’initiative : «  Ce n’est pas toi, est-il dit au roi, qui me bâtiras une maison, mais c’est Moi qui t’en bâtirai une.» Il me semble en effet, que toute notre aventure, notre histoire est dans cet épisode. Ce n’est pas nous qui exerçons notre sacerdoce: c’est le Seigneur qui nous en fait don. Il nous reste à lui répercuter sa propre phrase: « Oui, il est digne et juste de Te louer, car c’est toi qui… »  N’est-ce pas cela, la Préface ?  C’est à chacun de nous qu’il appartient de pouvoir faire vibrer la sienne propre, même dans le ton férial de la difficulté quotidienne.  De la sorte, nous vérifierons ainsi la loi de tout progrès spirituel, qui est le double et progressif passage : du pluriel au singulier, je veux dire du pluriel de nos désirs à l’attachement pour la personne singulière de Jésus, et de l’actif au passif, c’est-à-dire de l’action menée à l’action reçue.

 

21. Il y a plus… être prêtre à la manière des apôtres exige aussi et impérativement l’entrer dans la foi de ces derniers, la foi des apôtres. En effet, le critère qui préside au choix d’un apôtre nous est livré par Pierre dans le livre des Actes : « Il faut donc que, de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé, il y en ait qui devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac1,21-22). Certes, avoir été strictement contemporain du Christ est intransmissible, même aux meilleurs d’entre nous tous. Pourtant, l’itinéraire spirituel qui va du Jourdain à l’Ascension représente l’initiation indispensable à quiconque accepte de devenir compagnon de Jésus ; nous avons à le vivre, parce que nous avons à le prêcher : sinon la référence au « témoignage » serait de notre part quelque chose de frauduleux. Aussi, faudra-t-il fréquenter incessamment cette école de l’apôtre, pour nous imprégner de la logique du Maître, auquel il est impossible de se croire supérieur (Mt 10,24-25). Difficile chemin, où il sera donné d’expérimenter si nous suivons bien Jésus, ou simplement nos idées sur Jésus…                                                                        

 

22. Les étapes en sont balisées par l’Evangiles : c’est d’abord la foi pénitente, celle des cinq premiers disciples venus près du Baptiste confesser leur péché, de manière à « trouver le Messie » (Jn 1,41), c’est-à-dire Celui qui « emporte le péché du monde » (Jn 1,29). Puis c’est la foi accompagnante, qui s’ébranle inconditionnellement derrière la seule personne de Jésus, non pour un programme arrêté par contrat, mais pour la compagnie du pire et du meilleur, « avec Lui » (Mc 3,14). Arrive alors la foi éprouvée, passée au creuset de cette scandaleuse Passion, où doivent se dissiper complètement les réactions de « la chair et du sang» (Mt 16,17), « les pensées qui ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16,23), le recours instinctif aux moyens puissants (Mt 26,52). Et c’est la foi libérée du matin de Pâques, une foi qui a surmonté ses illusions cafardeuses (Lc 24,21), qui est entrée dans le fameux « oportet pati » (Lc 7, 26,46), qui a surmonté l’impression de « malédiction » qui se dégage du gibet de la croix (Gal 3,13) ; bref, une foi qui a compris que l’obstacle apparent se trouve être levier. Alors peut surgir la foi confessée, le témoignage intrépide et la parole de feu, sans qu’il y ait de rupture entre la vie et le langage. Où qu’il se trouve, l’apôtre sait que le ciel s’ouvre à la verticale au-dessus de sa tête (Ac 7,56), avec le Christ qui plaide en sa faveur, debout auprès du Père. Non, rien ne peut le séparer de l’amour de Jésus : c’est un défi qu’il lance à la face du monde. C’est le sens du ministère qui vous est confié à ce jour, c’est mon vœu le plus ardent pour chacun de vous.

 

Chers confrères, jeunes prêtres,

23. Je voudrais terminer et laisser ainsi les festivités relatives à votre ordination se dérouler normalement. Seulement voilà, en commençant votre ministère aujourd’hui, pointez sur la vie apostolique à la manière des Actes: vie commune, itinérance au service de toutes les Eglises (communautés, paroisses…), partage communautaire, consécration spirituelle –et non fonctionnelle- par l’obéissance et le célibat. Voilà qui devait balayer les timidités et illusions : vous êtes pleins d’énergie pour ne pas vous rabattre sur des formes de prêtrise moins exigeantes afin de rattraper une clientèle en fuite. Voilà qui devait vous conduire à désintégrer aussi nos vieilles oppositions et querelles (anciens et nouveaux, pauvres et nantis, haut et bas clergés…), puisque tout le corps sacerdotal auquel vous appartenez désormais est prié de vivre à ce niveau. La crise du sacerdoce a fait apparaitre aujourd’hui ses vraies racines : un affaissement de la foi. Résistez autant que faire se peut, chers amis, à la tentation qui affecte en ce moment toute l’Eglise d’évacuer Jésus-Christ en le « réduisant » d’une manière ou d’une autre. C’est justement pour faire face à cette chute de tension, pour ainsi dire, qu’il est besoin d’apôtres intrépides, vivant l’Evangile sans glose.

 

Mes félicitations les plus vives et soyez les bienvenus au sein du clergé diocésain de tshumbe.

 

Fraternellement,

Abbé Richard Ongendangenda Muya Bin Lokola

 

 

 

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Published by Abbé Richard ONGENDANGENDA MUYA BIN LOKOLA - dans EVENEMENTS
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