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  • : DIOCÈSE DE TSHUMBE
  • DIOCÈSE DE TSHUMBE
  • : Église Catholique au Sankuru, en République Démocratique du Congo.
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  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 01:11

La situation toujours préoccupante de la République Démocratique du Congo ne peut laisser la conscience des fils et filles de ce pays indifférente. Si d’aucuns ont choisi d’utiliser la voie de la diplomatie, d’autres se sont penchés sur la voie d’analyse et de réflexion pour un éveil de la conscience individuelle et collective; d’autres, sur la voie de la prière, du jeûne et du recueillement pour qu’avec Dieu vienne la victoire du peuple; d’autres, par contre, estiment qu’il faut se faire entendre par le langage des armes; et enfin d’autres, par ailleurs, attendent la voie des urnes. 
La volonté internationale d’aider la République Démocratique du Congo à se tirer des ennuis sociaux, politiques et économiques qui tourmentent toute sa population depuis belle lurette se révèle à maints égards bien maigre, moins sincère et de faible consistance. Il suffit de s’informer sur l’issue d’un périple qui a conduit dans un passé récent les chefs de certaines confessions religieuses du Congo-Kinshasa auprès des Gouvernements et des États, tant africains, européens qu’américains pour s’en convaincre. Ce petit tour du monde effectué par une bonne délégation de chefs des Églises de l’ancien Congo-Belge, loin de s’inscrire dans l’agenda d’une simple villégiature, a été un véritable exercice diplomatique d’interpellation et de sensibilisation. Un exercice de dure épreuve qui n’aura accouché vraisemblablement que d’une réponse à un "sale nègre" et à une "présence indésirable" et qui appelle les congolais à ne compter avant tout que sur leurs propres efforts. La communauté internationale a son agenda. L’intervention de Mgr Nicolas DJOMO au Synode tenu dans la Cité du Vatican sur l’Afrique, en sa qualité du Président de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo démocratique, le démontre à sa manière:


Nous déplorons le fait que la Communauté internationale ne fasse pas assez pour mettre fin à ces guerres et violences, en s’intéressant suffisamment à leurs véritables causes: le pillage des ressources naturelles. Elle s’est limitée à soigner les conséquences des guerres au lieu de s’attaquer avec détermination et de manière persuasive à leurs causes. Sur la même lancée, nous déplorons le fait que les souffrances et les vies humaines fauchées en RD Congo par ces guerres n’ont pas suscité la même indignation et la même condamnation lorsque cela arrive sous d’autres cieux. Sinon, comment expliquer la résurgence et la virulence des violences que l’on continue de condamner des bouts de lèvres sans envisager des actions efficaces de manière à mettre fin une fois pour toutes aux causes de ces violences. Ne partageons-nous pas la même humanité? [1]


Décidément les congolais ne savent plus à quel saint se vouer. Ils se rendent de plus en plus compte qu’ils passent de Caïphe à Pilate, sans atteindre l’objectif de l’unité nationale, de la paix et de la sécurité.


Au peu d’intérêts de la Communauté internationale qui peine à s’engager avec détermination pour résoudre l’imbroglio congolais s’ajoute la complicité active de nos gouvernants assoiffés du pouvoir et plus enclins à l’enrichissement personnel qu’à la recherche du bien commun et du développement du Congo de Patrice Emery Lumumba. On peut se référer à ce sujet au "Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo (S/2009/603)" [2] pour se rendre à l’évidence de la nécessité de la prise en charge du Congo Démocratique par ses propres fils et filles. De quoi dépendent impérativement le futur du pays et le mieux-être de sa population.


Des accords au service de l’agresseur du Congo-Kinshasa ne font que s’observer au fil des jours et au gré du temps. La dernière preuve en date est celle qui devrait défier les élus du peuple complices de trahison: l’entrée du CNDP au gouvernement national après l'AFDL et le RCD.


Nul n’ignore, au Congo-Kinshasa et chez Paul Kagame, l’identité et le rôle joué par Laurent NKUNDA dans ce groupe armé [3]. Qu’est-ce qui a changé maintenant pour que l’ennemi d’hier, acteur de l’holocauste du Congo déploré par les Congolais, devienne l’ami d’aujourd’hui? Pour servir aux dépens de qui?


L’appui que les élus du peuple accordent à ceux qui attentent à la vie de ce même peuple, la conclusion des alliances stratégiques entre le Gouvernement et ses ennemis, ne sont-elles pas des pièces à conviction pour soutenir la thèse d’une intrigue préparée au sommet de ceux qui ont le devoir d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens en RD Congo? Jusques à quand doit-on encore se poser la question de l’origine de la trahison du peuple congolais? Qu’avons-nous de plus à chercher à croire que le peuple congolais ne soit désabusé par ses propres responsables? L’aigle n’engendre point la colombe, dit-on. De là à comprendre justement l’inspiration de l’appel lancé en son temps par les Évêques du Congo-Kinshasa, sous le titre «Il est temps de nous réveiller» (Rm13, 11b)[4]. Dans leur clairvoyance les pasteurs catholiques éditaient déjà et publiaient un Communiqué de presse et un Message bien limpide: «La nation est en danger», «pourquoi avoir peur?»[5].


Treize ans[6] de guerre meurtrière et du silence de décideurs du monde, treize ans de perte en vies humaines, treize ans d’un regard distrait des Églises sœurs aux efforts qu’entreprennent l’Église Catholique du Congo démocratique et les hommes de bonne volonté, treize ans de guerre et d’indifférence de la Communauté Internationale ne peuvent que démontrer l’abandon «programmé» du Congo-Kinshasa par ceux auprès de qui il pouvait bénéficier d’une assistance d’amitié, de fraternité ou d’humanité.


Seul contre tous, avons-nous dit. Et de nous interroger: Le Congo démocratique, vivra-t-il ou ne vivra-t-il pas? Croirait-on ici à un constat de désespoir ou d’illusion? Loin de là. C’est plutôt l’expression d’un coeur brisé et débordé. Le cœur d’un congolais qui se cherche puisqu’il se sent trahi et abandonné.

J’interroge toujours les signes de temps. Et voilà que le fameux rapport des experts continue à révéler:


(…) les officiers du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), en particulier le général Bosco Ntaganda, détiennent toujours des armes lourdes acquises pendant leur période de rébellion, alors même qu'ils sont officiellement intégrés dans les FARDC et contrôlent toujours des activités génératrices de revenus et des administrations locales parallèles. Le Groupe présente aussi des preuves documentaires indiquant que le général Ntaganda continue d'agir en tant que commandant en second de l'opération Kimia II.


Il serait faux de croire que le peuple congolais est ignare, naïf, dupe pour se complaire à sauver les apparences en lui parlant du maintien de la paix, de la sécurité ou de l’autorité rétablie, des progrès de reconstruction ou des raisons d’espérer, alors qu’on rappelle aux esprits avisés le personnage type de la comédie de l’art: Polichinelle.


Joseph KABILA, prenant la parole, devant les élus du peuple, à l’occasion d’un rendez-vous de fin d’année, n’a pas minimisé les insuffisances de sa gestion et son déplaisir d’être à la tête d’un troisième plus vaste pays de l’Afrique[7], géré par lui depuis trois ans:


L’heure, disait-il, n’est pas à l’autosatisfaction.. (…) les conditions de vie des populations congolaises, … partout ailleurs, demeurent largement en deçà de leurs légitimes attentes [8].


En fait, au regard des machinations montées par les autorités du pays et rendues publiques par le groupe d’experts sur le Congo, au regard des appuis des officiers supérieurs dont il est fait mention dans le rapport présenté au Conseil de Sécurité des Nations Unies, serait-on encore tenté de contredire les allégations de trahison et de balkanisation qui respirent au sommet de la gestion de l’État? À quoi viendrait servir l’intégration d’un groupe armé non étatique [9] au sein d’une armée supposée l’être, si on veut maintenir la paix et assurer la sécurité dans toute l’étendue du pays?


Nous n’avons aucune prétention d’énumérer ou de répéter de façon ennuyeuse et monotone des plaintes, des reproches ou des demandes des congolais soucieux de leur Congo. Il ne nous appartient pas non plus de défiler ici toutes litanies des saints. Les bons et vrais amis d’un Congo jaloux de sa souveraineté, Congo fort, libre et indépendant ne se défigurent pas; ils ne vont pas manger à tous les râteliers, ils ne se servent pas des causes opposées au bien de la nation pour faire du profit. Ils veulent le bien de la nation, la libération totale du pays.


Ensemble, avec ces amis bons et vrais du Congo, avec la résistance qui doit une fière chandelle à tous ceux des patriotes qui luttent et payent de leur vie pour dire non aux envahisseurs et aux traîtres, nous vaincrons. Mais alors quand? À Pâques ou à la Trinité?


Oui, la sécurité et la paix au Congo-Kinshasa ne sont pas enterrées, elles reviendront, car les jours qui se bousculent ne se ressemblent pas. Les paroles de la chanson de Malbrough qui dateraient de 1709 et que je reprends pour une raison bien évidente rendent les congolais fiers de la réputation acquise à travers le monde d'être «invincibles» grâce à leur détermination de sauver et défendre la patrie.


La détermination de la libération du Congo-Kinshasa oblige tous les congolais à se démener sans cesse en faveur de leur pays comme un diable dans l'eau bénite puisque la République Démocratique ne devra son salut, sa libération, sa sécurité et sa paix qu’à la sueur de chacun des fronts de ses fils et filles. C’est pourquoi, à travers une mobilisation massive de tous les congolais, où que nous soyons, le pays, aujourd’hui sinistré, vendu et négligé, nous devons témoigner de notre détermination de nous prendre en charge et de nous libérer par nous-mêmes en lançant le dé pour retrouver les balises d’une démocratie véritable dans la paix et l’unité pluriethnique.


Force est de conclure que dans notre pays, il ne fait plus aucune illusion sur la paix et la sécurité hypothéquées par nos dirigeants actuels. Mais loin de nous montrer pessimistes quant à l’avenir du peuple congolais et à la libération de son pays, nous devons nous rendre compte que l’éveil de conscience individuelle et populaire qui se déploie ça et là, au Congo-Kinshasa et dans la diaspora est entrain de semer du bon grain. Néanmoins faut-il que ce grain soit protégé et trouve du bon fumier.


Les objectifs que l’on peut donc prêter à l’éveil de conscience populaire dans la situation de crise que le Congo démocratique connaît depuis plus de deux décennies consistent à permettre à chaque congolais d’être auteur et acteur de sa vie et du pays, aboutir à une prise de conscience de ce qui se passe en nous, autour de nous et en dehors de nous et nous inviter à prendre parti. Cet éveil donne ainsi les moyens à tous les congolais d’être acteurs de transformations sociales et politiques. En cela, il insuffle de l’espoir, en montrant que le Congo actuel peut changer et vivre mieux. «Car, sans la paix et la sécurité, aucune politique de développement, moins encore de promotion humaine, n’est possible» [10] .

Faut-il encore se demander si la paix et la sécurité en République Démocratique du Congo ne sont pas devenues une «monnaie d’échange» pour pérenniser la présence au pouvoir, pour reconduire sans cesse le mandat du maintien de la paix (paix jamais restaurée), pour attenter à la vie et à la dignité de la femme congolaise, pour ne jamais arrêter de grignoter les ressources du sol et du sous-sol au détriment du mieux-être des congolais, du développement et du progrès social du pays? En tout cas, les avoirs du Congo-Kinshasa ne coûtent rien aux «transnationaux» associés aux contrats léonins. Ils se disputent les ressources du Congo-Kinshasa comme un cadeau, car ces sociétés transnationales se rémunèrent avec ce qui aurait pu revenir de plein droit au peuple congolais [11].



Abbé Claude OKONDJO

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Notes de référence:

[1]
Nicolas DJOMO (Mgr), Président de la Conférence Episcopale du Congo-Kinshasa (CENCO, en sigle), Nous déplorons le fait que les souffrances et les vies humaines fauchées en RDCongo n’ont pas suscité la même indignation et la même condamnation lorsque cela arrive sous d’autres cieux, Message au deuxième Synode sur l'Afrique, Rome 2009, publié intégralement
sur le blog de l’Abbé Claude OKONDJO à l’adresse suivante: http://anjaashiwatshumbe.over-blog.org/         


[2]
Source: http://www.un.org/Docs/sc/ (United Nations Security Council, Site du Conseil de Sécurité des Nations Unies). Lettre datée du 23 novembre 2009, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo. Ce rapport complet de 294 pages, traduit de l’anglais, est disponible à l’adresse http://www2.reliefweb.int/rw/RWFiles2009.nsf/FilesByRWDocUnidFilename/AZHU-7YM4C8-rapport_complet.pdf/$File/rapport_complet.pdf 


[3]
Que sait-on de Laurent Nkunda? Un personnage suffisamment connu dans les pays des grands lacs et dans l’opinion internationale accréditée. Durant le génocide rwandais en 1994, Nkunda, alors étudiant, se trouve sur le sol du Rwanda où, en plus de ses études en Psychologie, il reçoit une autre formation à la vie de rebelle par le FPR, ex-rébellion rwandaise dirigée alors par monsieur Paul Kagame, aujourd’hui président du Rwanda, et James Kabarebe, chef de l'armée rwandaise. Présent en République Démocratique du Congo, il a évolué au sein du RCD dont il a été membre. Il s'est illustré lors des massacres de Kisangani en août 2002 et a été largement soutenu par le Rwanda au cours des dernières années.

 

[4] Conférence Episcopale Nationale du Congo, Il est temps de nous réveiller (Rm 13, 11b). Appel à la vigilance pour sauvegarder la souveraineté nationale et bâtir notre destinée, Ed. du Secrétariat Général de la CENCO, Kinshasa 2008.  Ce Message constitue un signal fort et clairvoyant pour stimuler la vigilance du peuple congolais afin de l’inviter à prendre en mains la sauvegarde de la souveraineté nationale. Ensemble nous pouvons bâtir la destinée du congolais.


[5]
Idem, aux adresses électroniques http://www.cenco.cd/presidencenco/nationDanger.htm et http://www.cenco.cd/presidencenco/messageJuin2005.htm 


[6]
La République Démocratique du Congo est le théâtre d’une guerre délibérément négligée et qui aura coûté, depuis 1996 jusqu’à ce jour, la désolation et la vie à des millions des personnes humaines. Une guerre qui voit surtout le Rwanda et l'Ouganda soutenir différents groupes armés en action au Congo.


[7]
En effet, derrière le Soudan et l’Algérie, la République Démocratique du Congo occupe la troisième place en superficie.


[8]
Joseph KABILA,  Discours sur l’État de la Nation, Kinshasa, 02 décembre 2009 (ACP), § 4.


[9]
Cfr Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo…, rapport complet, p. 3:  “Le rapport contient une analyse sur l'intégration des groupes armés non étatiques dans les FARDC dans le cadre du processus d'intégration accélérée entamé en janvier 2009 ainsi qu'avant et pendant les opérations militaires conjointes des FARDC et des Forces de défense rwandaises (FDR), Umoja Wetu et Kimia II”. Il s’agit bien entendu du groupe armé non étatique, CNDP, qui sème la désolation à  l’Est du Congo-Kinshasa et qu’au travers des accords peu transparents pourra prochainement être copté dans le gouvernement de Monsieur Kabila Joseph.


[10]
Le potentiel, un des quotidiens du Congo-Kinshasa, 2010: année de grands enjeux et défis, Kinshasa, 31 décembre 2009.


[11]
On sait trop bien sur la présence de grands groupes miniers: Anglo American, Phelps Dodge, BHP, Rio Tinto, Billiton, etc.. On n’ignore pas non plus ce que vaut la présence de l’actionnaire belge, George Forrest, dans le Mining Limited (KML) du Katanga. Que dire de révélations contenues dans le rapport courageux de Christophe Lutundula, resté pendant huit mois en souffrance sur le bureau du président de l'Assemblée nationale, Olivier Kamitatu!

 

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Published by Abbé Claude OKONDJO - dans OPINION
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