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  • : ANJASHI WA TSHUMBE
  • ANJASHI WA TSHUMBE
  • : Un espace web pour informations et communications, échanges et contacts, analyses, opinions et débats sur la vie. Champs d'intérêt: Vie de l'Église Catholique Romaine et vie en République Démocratique du Congo.
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  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 20:00

Face à l’horreur du destin de la vie sociale en République Démocratique du Congo, l’Église Catholique ne cesse de prendre parole pour elle-même et pour les sans «parole». Elle met en exergue les lamentations individuelles et collectives des congolais et espère certainement, par ses Messages, Communiqués et Déclarations, obtenir l’éveil de conscience de tout le monde pour protéger et défendre le pays. Une exploitation positive de la réalité géographique, culturelle et démographique du pays se conseille cependant pour mieux gagner dans l’exercice de la communication et dans la charge prophétique en y incorporant davantage les exigences de la communication interactive.


eveques 3Depuis au moins 3 décennies, le constat de la vie sociale et politique, en République Démocratique du Congo, est très amer. Les voix s’élèvent de toute part et l’Église Catholique s’en fait le canal privilégié pour dénoncer la triste situation du peuple congolais et élever le cri des sans voix. Dans son exercice de communication et dans sa charge prophétique, elle manifeste visiblement le souci d’émettre un avis en expliquant la situation du pays, pour consulter le destinataire de l’information, le séduire et le faire agir à travers le contenu des Messages, des Déclarations et des Communiqués de presse. Un pari pourtant difficile à gagner. C’est pourquoi, l’Eglise Catholique, dans son ensemble aurait intérêt à exploiter à son avantage la réalité géographique, culturelle et démographique du pays afin de concevoir une stratégie de communication très adaptée. C’est-à-dire utiliser le Français aux mieux outillés, les langues liturgiques et vernaculaires à ses usagés.


eveques 3Pour bâtir un Congo prospère et heureux, il faut opérer des choix fermes. Ainsi, réunis chaque fois soit en Assemblée Plénière, soit en Comité Permanent, ou encore en Conférence Provinciale, les Évêques rendent publics des Communiqués de presse, des Messages et des Déclarations qui s’adressent, non seulement aux dirigeants politiques du pays, mais aussi aux dirigés, aux forces d’influence externe et même aux pêcheurs en eau trouble.


eveques 3«Tout le monde se plaint», disent-ils. Eux aussi se plaignent. «Tout le monde se plaint» de la corruption devenue «le cadre général de vie et d’action politique»[1]. «Tout le monde se plaint» de l’impunité qui entraîne la dégradation des infrastructures de base, le découragement des opérateurs économiques, le mépris des textes et des normes[2]. «Tout le monde se plaint» de l’abandon du congolais par son propre frère qui le condamne à vivre en «laissé-pour-compte»[3]. «Tout le monde se plaint» de la faiblesse de l’Etat face aux forces externes[4]. «Tout le monde se plaint» de la priorité des affaires privées par rapport au bien de l’ensemble[5].


eveques 3Eu égard à la détérioration sociale et politique du pays, à sa menace d’embrasement et d’effondrement total de l’État de Droit, le peuple congolais en son entier a besoin d’un courage prophétique et héroïque pour prévenir le danger et sauver la nation. Les écrits des Pères Évêques, telles des prophéties, servent à communiquer non seulement pour échanger des informations, mais aussi et surtout pour émettre un avis, pour expliquer une situation, pour consulter les fidèles et le peuple congolais, pour les séduire, pour exercer sur eux un pouvoir de domination, bref pour éveiller indistinctement la conscience du peuple congolais et celle de ses dirigeants. Communiquer, dans le cas d’espèce, nous l’entendons comme la transmission d’un message à une personne ou à une cible pour la sensibiliser, pour la faire passer d’une situation de départ, critique, à une situation plus élevée. Ainsi dirions-nous du contenu que renferme le Communiqué de presse «La nation est en danger», «pourquoi avoir peur?», peuple congolais mobilise-toi[6]. C’est en cela que consiste justement la dimension stratégique d’une bonne communication.

eveques 3 I. La participation de l’Eglise Catholique à la charge prophétique du Christ

Utilisée par Dieu pour communiquer sa Parole (Hébreux 1, 1), la prophétie se révèle comme le moyen de communication sociale le plus important pour l’Église Catholique du Congo-Kinshasa.


eveques 3Comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître, l’Eglise ne cesse de parler de la part de Dieu, au nom du peuple congolais, au peuple congolais et à ses dirigeants. Elle participe, sans se dérober, à la charge prophétique du Christ, et de par sa structure reconnue dans les statuts qui la régissent, elle déclare, lance les communiqués de presse et proteste contre un certain état de choses[7]. Son but essentiel et primordial étant «d’animer et soutenir par une attention constante la croissance et l’évolution de l’Église particulière au Congo, ainsi que les populations de la R.D.C[8].


eveques 3Depuis l’enclenchement du processus démocratique au Congo-Kinshasa, l’Église Catholique continue à prophétiser afin que les congolais et leurs dirigeants soient instruits et que tous soient exhortés[9]. Quelques–uns des documents, messages ou déclarations de nos évêques n’en disent pas autrement: «La nation est en danger, peuple congolais mobilise-toi», «A vin nouveau, outres neuves (Mc 2, 22)», «Changeons nos cœurs (Jl 2, 13»), «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix (Jn 14, 27)», «Il est temps de nous réveiller» [10], «Arrêtez cette guerre», «La justice grandit une nation» (Pr 14, 34).

eveques 3De par la teneur de leurs différents documents, la charge prophétique de l’Église Catholique consiste non seulement à annoncer le Christ par le témoignage de la vie et par la Parole, mais aussi par les Communiqués de presse, les Déclarations, les Messages de protestation et de dénonciation. Les bergers catholiques, tout comme n’importe quel congolais de bonne conscience, savent que «la nation est en danger»[11] et qu’il ne faut avoir peur de rien [12] pour se mobiliser en faveur de son salut.


eveques 3Lors de la période cruciale de la Transition politique caractérisée par l’angoisse du peuple congolais, les évêques catholiques refusèrent d’observer le silence. Ils montèrent au créneau, écrivirent aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté en termes poignants:

«Nous vous adressons ce message sur la situation actuelle caractérisée par l’angoisse de notre peuple pendant cette période cruciale de la Transition politique dans notre pays. Notre conscience de pasteurs et de citoyens nous presse à défendre la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu. En effet, nos compatriotes sont confrontés à l’incertitude du lendemain, à l’insécurité grandissante et à la misère intolérable»[13].


eveques 3Face «à l’incertitude du lendemain, à l’insécurité grandissante et à la misère intolérable», il faut certainement «défendre la dignité de la personne humaine» en proie à la guerre, au vol et au viol, aux injustes perquisitions, au risque de fusillade sur tout ce qui bouge, au péril d’incendies et de déportations. La population congolaise ne doit ménager aucun effort, elle doit donc s’armer de courage pour évanouir la passivité, dénoncer le clientélisme de cette injuste guerre et combattre les antivaleurs devenues «le cadre général de vie et d’action politique». Telle est la détermination des pasteurs catholiques.

eveques 3Pour eux, le Congo-Kinshasa n’est pas une propriété privée, il appartient à tout congolais. Ce n’est que vérité. Il faut donc protéger notre pays et le défendre. C’est pourquoi, les pasteurs catholiques continuent à lancer des exhortations insistantes:

«Relevez-vous! Soyez sans crainte» (Mt 17, 7). Car, en effet, l’avenir du Congo dépend de son peuple»[14].


eveques 3L’avenir du Congo-Kinshasa dépend effectivement de son peuple, peuple de grande bravoure qui a déjà démontré sa virtuosité en refusant la division du pays et en s’employant à défendre au prix de son sang l’intangibilité du territoire national. Ce peuple doit, du reste, accepter de boire le calice jusqu’à la lie.

eveques 3Certes, les dénonciations et les déclarations de l’Église Catholique du Congo-Kinshasane restent pas étrangères aux réalités de la vie sociale. Elles se fondent sur la référence aux sources personnelles et à celles de l’opinion publique. Mais hélas, si «la nation est en danger» et si l’intangibilité du territoire national est toujours menacée, au nom du patriotisme, la peur ne doit absolument se constituer en obstacle pour agir ou pour réagir. Le congolais ne peut se résigner à prendre des risques, encore moins à peaufiner une stratégie pour mobiliser tout le monde, carl’amour pour la patrie ne s’oppose nullement à la Foi. C’est un héritage à préserver jalousement. Jean-Paul II, dans son testament politique et spirituel, l’explicite:

"La Patrie est... l'héritage et, en même temps la situation patrimoniale qui découle d'un tel héritage; cela concerne aussi la terre, le territoire. Dans son sens original, la patrie signifie ce dont nous avons hérité de nos pères et de nos mères sur la terre" [15].


eveques 3S’imaginer la nation, la patrie comme fruit d’une simple convention ou d’une propriété privée, c’est aller justement à l’encontre de son sens profond. Jean-Paul II, citant la doctrine sociale catholique écrit:

"La doctrine sociale catholique considère que tant la famille que la nation sont des sociétés naturelles et ne sont donc pas le fruit d'une simple convention..., elles ne peuvent être remplacées par rien d'autre" [16].


Jean Izoulet, quant à lui, exposant cette conception de l'amour de la patrie, disait:

«L'amour de la patrie n'est pas un sentiment simple et superficiel, facile à improviser. Ce n'est pas un champignon qui pousse en une nuit. C'est une plante aux profondes et lentes racines» [17].


eveques 3Dans l’exercice de leur charge de père et de pasteur, les évêques ne cessent de se soucier de l’état spirituel et matériel, du progrès et du bonheur social et civil de leur troupeau et du peuple congolais. C’est ainsi qu’ils concourent à ce dessein par la publication des Messages, des Déclarations et des Communiqués de presse destinés tant aux fidèles qu’aux dirigeants et aux hommes de bonne volonté. Ils sont déterminés à sauver le Congo-Kinshasa, notre chère patrie.


eveques 3II. L’Eglise Catholique dans l’exercice de la communication interactive Communiquer, disions-nous plus haut, sert, non seulement, à échanger des informations, mais aussi à émettre un avis pour expliquer une situation, en consultant le destinataire de l’information, pour le séduire, le faire agir et exercer sur lui un pouvoir de domination.


Dans le domaine de la communication, grâce aux nouvelles technologies, il n’y a plus des spectateurs et des acteurs; la communication interactive permet d’établir une relation particulière avec les destinataires de l’information ou prospects en les rendant actifs.


eveques 3Ainsi l’Eglise Catholique cherche-t-elle, à travers des Communiqués, des Messages et des Déclarations, à personnaliser la communication, à instaurer un dialogue avec le peuple congolais en se concentrant sur les intérêts de celui-ci visiblement mis en péril à cause de la mauvaise gestion de la «res publica». Dans le cas contraire, il n’y a pas de communication interactive.


eveques 3Un des exemples de communication personnalisée qu’envoie l’Eglise au peuple congolais peut bien se comprendre dans «La nation est en danger, peuple congolais mobilise-toi», ou encore dans «Il est temps de nous réveiller», etc.


eveques 3En effet, personnaliser la communication, c’est promouvoir une communication interactive. L'Eglise Catholique, de par la teneur de ses Communiqués, Messages et Déclarations, s'adresse au peuple congolais de façon pertinente et attend que ce dernier soit plus enclin à communiquer avec elle, à réagir à ses sollicitations, à prendre part à la communication et à l’objet de celle-ci, bref à interagir. C’est en cela que consiste justement la stratégie de la communication interactive: le refus de subir la communication, la participation du peuple congolais à l'amélioration de sa propre situation. Les flux de communication seront d'autant plus interactifs, c'est-à-dire équilibrés, que le peuple juge élevées les capacités de l'Eglise à satisfaire ses attentes.


eveques 3Seulement voilà, s’il est facile pour l’Eglise Catholique d’écrire et d’envoyer des Messages, Communiqués ou Déclarations en langue française, il n’en est pas autant du destinataire. En République Démocratique du Congo, la langue française est en régression, elle n’est pas assimilée par l’ensemble du peuple.


eveques 3Outre la réalité de la langue française, celle de la superficie et de la démographie constitue le défi le plus sérieux à prendre en considération dans la stratégie de communication de l’Eglise Catholique avec le peuple congolais. Kinshasa héberge diverses ethnies du pays, mais Kinshasa ne représente qu’une infime minorité de la population nationale.


eveques 31. L’Eglise Catholique face à la superficie et à la démographie du Congo-Kinshasa En effet, s'il s'agit d’écrire pour informer davantage et attirer l’attention d’un public large, l’Église Catholique doit tenir compte de ce qu’est vraiment le Congo-Kinshasa, c’est-à-dire sa superficie et sa démographie d’autant plus qu’étant l’institution sociale la plus disséminée à travers les coins et recoins de la république par ses communautés ecclésiales vivantes et autres structures apparentées, l’Église Catholique serait bien placée pour comprendre la pertinence et l’enjeu de ses communications.


De par sa superficie, la République Démocratique du Congo est reconnue comme un pays aux dimensions continentales avec ses 2.345.409 km². Quant à sa démographie, le Congo-Kinshasa est le pays le plus peuplé d'Afrique centrale avec une population estimée à plus de 68 millions d'habitants[18]. Bien plus, le peuple congolais est composé de plusieurs centaines d’ethnies – certains donnent le nombre de 200, 250, plus de 365, 400 ou 450– formant différents groupes.


Si l’on a retenu seulement quatre langues nationales au Congo-Kinshasa (le kikongo, le lingala, le kiswahili et le tshiluba), l’existence de plus de 200 langueslocales y est une réalité. De ces langues, nous voulons citer celles parlées chez les Ambala, les Ambuun, les Angba, les Atetela, les Babindi, les Bango, les Bazombe, les Bemba, les Bembe, les Bira, les Hema, les Hunde, les Hutu, les Iboko, les Kanioka, les Kaonde, les Kuba, les Kumu, les Kwango, les Lengola, les Lokele, les Lundas, les Lupu, les Lwalwa les Mbala, les Mbole, les Mbuza (Budja), les Nande, les Ngombe, les Nkumu, les Nyanga, les Pende, les Popoi, les Poto, les Sango, les Shi, les Songo, les Songye, les Sukus, les Tabwa, les Tchokwé, les Téké, les Tembo, les Topoke, les Ungana, les Wakuti, les Yaka, les Yakoma, les Yanzi, les Yeke, les Yela, etc.[19]. Néanmoins, de nombreuses langues ont tendance à disparaître au profit de celles de grosses ethnies, d’où l’option de quatre langues précitées


En République Démocratique du Congo, à en croire les données des chercheurs, «le taux de scolarisation est de 52 % et le taux général d’analphabétisme très élevé – 33,2 %».
Les chances de réussite de communication des Évêques à un peuple largement analphabète reposeraient sans doute sur la prise en compte, non seulement de la superficie du pays, de sa démographie, mais surtout du niveau intellectuel dont disposent les destinataires des messages épiscopaux. Car une bonne communication sociale ne peut jamais négliger l’étude du milieu et la connaissance du public qui puisse permettre de concevoir et d’adapter le message à transmettre.


eveques 3 2. L’Eglise et les médias d’Eglise

Pour que l’Eglise Catholique du Congo-Kinshasa devienne, socialement et politiquement, plus communicative comme organe ayant un impact sur la société, elle doit gérer et disposer de ses moyens de communication sociale. Nous sommes d’avis qu’elle aura plus de chance à travers ses propres médias de parler d’elle-même et mieux présenter l’image dont elle veut se faire de la société dans laquelle elle est appelée á travailler. Elle doit donc s’assumer et chercher à s’approvisionner en médias autonomes, accélérer l’initiative de la formation du personnel, la promotion et l’obtention des médias audiovisuels à travers les diocèses et les différentes provinces ecclésiastiques sinon elle restera toujours objet de communication sociale dans les médias des tiers. Cela étant, je propose:

a.  que chaque diocèse et/ou province ecclésiastique ait sa radio et sa presse écrite et même des médias audio-visuels, afin de permettre la large diffusion des Messages et Déclarations. Sinon, au regard de la pauvreté et de la crise qui secoue le monde entier, se servir de l’exemple des pays occidentaux pour envisager une collaboration entre les diocèses, en tenant compte de l’éthnodiversité, afin d’entreprendre une action efficace en la matière.

b.  que le personnel ecclésiastique et laïc soit formé à l’évangélisation par les médias et à l’usage des moyens de communication sociale.

c.   que soient sensibilisés les agents pastoraux pour une large diffusion, dans leurs communautés respectives, des messages et déclarations des évêques lors des assemblées dominicales et autresoccasions de rencontre communautaire. En d’autres termes, nous suggérons la nécessité d’animer de plus en plus et de mieux en mieux les structuresexistantes des églises locales (les CEV- Communautés Ecclésiales Vivantes) et d'en créer autant que faire se peut là où elles feraient défaut.


eveques 3 3. Le français et les langues nationales
Si on considère son statut privilégié face aux langues nationales, le français, langue officielle du pays, n’est pas en danger en République Démocratique du Congo. Elle demeure le véhicule de l’enseignement à tous les niveaux, la langue d’usage dans la diplomatie, l’administration, les médias audiovisuels et dans la presse écrite.


eveques 3Toutefois, le français se pratique de moins en moins ou de mal en pis dans les communautés ecclésiales vivantes, dans les rencontrespubliques ordinaires, dans les églises, dans les catéchèseset les prédications. Son enseignement et son appren­tissage se dégradent de plus en plus et sa pratique est en forte régression par rapport aux langues nationales. La corruption devenue le cadre général de vie et d’action n’épargne en rien le niveau de l’éducation scolaire.


eveques 3La plupart de compatriotes recourent aux lan­gues locales. Kinshasaconstitue un mélange des ethnies et des cultures. Ses habitants sont unis dans la diversité où les grou­pes sociaux communiquentplus en langues nationales qu’en langue officielle. Les étu­diants en groupes d’études s’expli­quentmieux en langueslocales qu’en français. A tra­vers les médias audiovisuels, il y a plus des émissions en langues congolaises qu’en langue de Voltaire. Les émissions musicales qui attirent la jeunesse, pour ne pas les citer, la plupart d’entre elles sont réalisées en lingalaau détriment d’autres émissions en français.


Le français -comme on peut le voir- a cessé d’être un élément facile de cohésion nationa­le et le signe distinctif des étu­diants comme autrefois.


eveques 3Dans la stratégie de communication de l’Eglise Catholique du Congo-Kinshasa [20], point d’enseigne que la langue exploitée par elle se mesure à un obstacle majeur sur le terrain: la communication en langues nationales privilégiée au détriment de la langue française, choisie par contre comme véhicule d’expression et de transmission des Messages épiscopaux aux fidèles et au peuple congolais. Ce seul choix ne peut suffire pour atteindre, à mon avis, une grande audience.  Les chances de séduire et de sensibiliser un grand public s’amenuisent plutôt et par conséquent le choix du français posera des sérieux problèmes de communication dans quelques années dans notre pays.


eveques 3Concrètement, le souhait qui me hante dans cette réflexion serait que l’Église Catholique du Congo-Kinshasamette en valeur les quatre langues nationales du pays pour donner aux lecteurs congolais, destinataires immédiats de leurs messages, beaucoup de chance d’en décrypter le contenu. C’est de cette manière que l’on peut comprendre le succès des communications de beaucoup d’Églises Catholiques locales à travers le monde et même celui des églises indépendantes (avec des traductions instantanées en plusieurs langues).


eveques 3Dans la Cité du Vatican, les communications pastorales pontificales, si universelles soient-elles, n’excluent jamais le public le plus proche, le peuple italien; bien au contraire, elles lui réservent entièrement sa part autant que celle réservée aux publics lointains en livrant les mêmes Messages en français, en anglais, en espagnol, en polonais, en allemand et j’en passe. A vrai dire, il est mal venu de réserver la part du lion à un public externe en défaveur du public interne dans les communications destinées en priorité au public national. Force est cependant de constater que dans les Messages épiscopaux on pense rarement et/ou difficilement à les faire traduire en langues nationales. On a plutôt l’impression que même pour laver les linges sales, on préfère sortir du cadre familial.


eveques 3En France, jamais la Conférence des Évêques ne publie des messages en Anglais, car ils savent que le destinataire direct de ceux-ci est un peuple d’expression française. En Espagne, on communique en espagnol pour parler au peuple tout entier; en Pologne, les Evêques utilisent le polonais pour ouvrir les contenus des Messages à leurs ouailles; en Angleterre, c’est l’anglais et ainsi le contenu des Messages atteint son public.


eveques 3Ecrire en Français pour s’adresser à un public susceptible de ne se comprendre que moyennant l’usage des quatre langues nationales, serait se désintéresser des ouailles et du peuple, le public interne, pour ne viser que le public externe. Chacune des Eglises locales, pour parer à ce déficit de communication et avec la naissance des Commissions Diocésaines de Communication Sociale, devra logiquement, prendre en charge la traduction des messages en langues locales respectives pour tenir tous les fidèles au courant du contenu des assises épiscopales où qu’elles se tiennent.


eveques 3En somme, pour promouvoir une communication interactive, l’Eglise Catholique du Congo-Kinshasadevra connaître le pays et son peuple et penser à l’instauration des commissions linguistes à tous les niveaux afin de traduire les Messages, les Déclarations et les Communiqués de presse de la langue officielle aux languesnationales et en différentes langues liturgiques pour répondre aux besoins des fidèles catholiques et de tous les congolais dans les différentes provinces ecclésiastiques. De cette manière, les fidèles congolais se sentiront plus impliqués dans toutes les communications de leurs pasteurs. C'est un plus grand facteur de fidélisation si on parvient à transmettre une communication à un public qui reçoit des prédications en Songye, en Lingala, en Tshiluba, en Kikongo, en Kiswahili, en Otetela, en Kanyok et en d’autres langues locales. Le Bon Pasteur connaît ses brebis.



Abbé Claude OKONDJO

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Notes de référence:


[1] Conférence Episcopale Nationale du Congo, Il est temps de nous réveiller (Rm 13, 11b).Appel à la vigilance pour sauvegarder la souveraineté nationale et bâtir notre destinée, Ed. du Secrétariat Général de la CENCo, Kinshasa 2008, n. 5.


[2] Idem, La justice grandit une nation (Pr 14, 34).Message aux fidèles catholiques, aux hommes et femmes de bonne volonté à l’occasion du 49ème anniversaire de l’indépendance de la RDCongo, Secrétariat Général de la CENCO, Kinshasa 2009, n. 7.


[3] Ibidem, nn. 8-9.


[4] Ibidem, n. 11.


[5] Ibidem, n. 14.


[6] Laurent Monsengwo, La nation est en danger. Peuple congolais, mobilise-toi.Communiqué de presse, Kinshasa 2004.


[7] Dans la structure de l’Eglise Catholique du Congo-Kinshasa, ainsi qu’il ressort de ses Statuts, on reconnaît l’Assemblée Plénière, le Comité Permanent, la Présidence, le Secrétariat Général, les Commissions Épiscopales et les Conférences Épiscopales Provinciales.


[8] Telle est la fonction que s’est assignée l’assemblée des Évêques de la République Démocratique du Congo conformément aux prescriptions du décret Christus Dominusdu Concile Vatican II et selon les précisions apportées par ses Statuts.


[9] Inspiré de Rm 13, 11b


[10] Message de la Conférence Episcopale Nationale du Congo aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté à l'occasion du 48ème anniversaire de l'indépendance, Ed. du Secrétariat Général de la CENCO, Kinshasa 2008.


[11] Laurent Monsengwo, op. cit., une œuvre également disponible sur le site de la Conférence Episcopale Nationale du Congo à l’adresse: http://www.cenco.cd/presidencenco/nationDanger.htm


[12] Cf. Conférence Episcopale Nationale du Congo, Pourquoi avoir peur? (Mc 4, 40), L’avenir du Congo dépend de son peuple,Message des Evêques aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté à l’occasion du 45e anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, Ed du Secrétariat Général de la CENCO, Kinshasa 2005, consultable dans http://www.cenco.cd/presidencenco/messageJuin2005.htm


[13] Idem, préambule.


[14] Idem, n. 24.


[15] Jean-Paul II, Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 76-79.


[16] Jean-Paul II, op. cit., p. 87.


[17] Jean Izoulet, in Mgr Henri Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 25-26.


[18] Sources: données fournies par FAO, 2005 et par Wikipédia, l’encyclopédie libre, sur http://fr.wikipedia.org/wiki/République_démocratique_du_CongoPolitique, consulté par nous le 20 juillet 2009.


[19] Ibidem.


[20] À en juger par l’expérience et par le vécu, je crois savoir qu’il se pratique un complexe mal géré dans l’usage des langues nationales en République Démocratique du Congo. D’aucuns pensent que le Français est une langue du «savoir vivre en société» utilisable entre inférieur et supérieur, absolument en public, et que les languesnationales ne seraient réservées qu’en famille et dans les cercles restreints. Que de fois n’a-t-on pas traité de mal éduqué un inférieur qui parlerait à son supérieur en langue nationale, en langue maternelle! Sous d’autres cieux, par contre, on est toujours fier d’utiliser sa langue maternelle en public ou en privé. Le complexe, quand tu nous tiens! 

 

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Published by Abbé Claude OKONDJO - dans OPINION
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