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  • : ANJASHI WA TSHUMBE
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  • : Un espace web pour informations et communications, échanges et contacts, analyses, opinions et débats sur la vie. Champs d'intérêt: Vie de l'Église Catholique Romaine et vie en République Démocratique du Congo.
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  • Pierre Claude OKONDJO
  • Prêtre du Diocèse de Tshumbe, en République Démocratique du Congo. De formation philosophique et théologique. Certifié en anglais auprès de "The Language Center of Ireland". Docteur en Sciences de Communication Sociale Institutionnelle.
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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 19:39

DISCOURS D’HOMMAGE AU SAINT-PÈRE PAR LES ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE NATIONALE DU CONGO EN VISITE AD LIMINA À ROME DU 11 AU 15 SEPTEMBRE 2014

 

Préambule

 

Très Saint-Père,

 

1. Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), sommes très heureux de venir auprès de Votre Sainteté rendre visible notre attachement au Siège Apostolique de Rome et raffermir notre sens de collégialité. Il va sans dire que la communion avec le Successeur de Pierre garantit notre collaboration pour le bien de toute l’Eglise et de nos diocèses respectifs[1]. En ce moment spécial, l’occasion nous échoit de vous transmettre les salutations filiales de nos prêtres, des religieux et religieuses, de nos jeunes et fidèles laïcs. Nous apprécions votre style de vie modeste et vos exhortations à la fois émouvantes et profondes. Que Jésus Christ, le Bon Pasteur, rende fructueuse votre charge pastorale.

 

2. Au lendemain de votre pontificat, il vous a plu d’associer Son Eminence Laurent Cardinal Monsengwo au Conseil de Leurs Eminences les Cardinaux qui vous soutiennent dans l’exercice de votre ministère pétrinien. Nous saluons avec gratitude et reconnaissance ce choix porté sur notre frère dans l’épiscopat et qui, par ailleurs, traduit votre marque de considération pour l’enracinement de l’Eglise en RD Congo et en Afrique.  

 

3. Depuis notre dernière visite ad limina en 2006[2], de nombreux événements ont marqué la vie de l’Eglise universelle. Qu’il nous soit permis de mentionner, entre autres, le Synode des Evêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise en 2008[3], la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique en 2010[4], la Célébration de l’Année de la foi[5], le 50ème anniversaire de la convocation du Concile Vatican II  et le Synode sur la Nouvelle Evangélisation en 2012[6]. Au plan local, notre action pastorale est confrontée à plusieurs défis pastoraux qui se recoupent en certains points avec les « défis du monde actuel et les tentations des agents pastoraux »[7] que vous exposez si bien dans votre exhortation apostolique post-synodale Evangelii gaudium. Au cours de ce mémorable échange, nous voudrions brièvement vous en présenter quelques-uns,  notamment: l’inculturation de l’Evangile et l’évangélisation des cultures, le développement intégral de notre peuple, la formation des agents pastoraux.

 

1. L’inculturation de l’Evangile et l’évangélisation des cultures

 

5. Fidèle à son option pastorale d’inculturer le message chrétien et d’évangéliser les cultures[8], notre Episcopat s’est employé à mettre en œuvre les orientations pastorales issues des assemblées ecclésiales évoquées ci-dessus. Face à certaines questions, notamment l’incohérence persistante entre la foi et le vécu, la montée sensible de l’Islam et la prolifération inquiétante des sectes, nous avons levé l’option d’intensifier l’animation biblique de telle sorte que la Parole de Dieu anime toutes nos activités pastorales ; vivifie les célébrations de l’Eucharistie et des autres sacrements ; provoque le changement des cœurs et des mœurs et suscite autant chez les adultes que chez les jeunes un nouvel élan évangélique. Pour nous, le processus d’inculturation est davantage compris comme «une exigence de sainteté, appelée à transformer la société, et un lieu de conversion au Christ de tout notre peuple avec sa culture»[9].

 

6. C’est ainsi qu’à l’occasion de l’Année de la foi, nous avons adressé une exhortation pastorale aux fidèles catholiques intitulée «Seigneur augmente en nous la foi»[10], visant l’affermissement de la foi, le soutien de l’espérance et la pratique de la charité. Aussi, pour cultiver davantage ces vertus théologales et en témoigner jusqu’aux périphéries géographiques et existentielles de notre pays, avons-nous entrepris de redynamiser les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV), cinquante ans après leur création, pour qu’elles demeurent des lieux permanents d’écoute de la Parole de Dieu, d’initiation chrétienne, de réconciliation, de solidarité et de partage à l’exemple de la première communauté chrétienne (cf. Ac 2,42-47).  Ces communautés à taille humaine portent en elles les germes d’une nouvelle vision d’Eglise.

 

7. Dans l’œuvre d’inculturation, nous recourrons de plus en plus aux médias pour mener à bien l’annonce du message chrétien et l’évangélisation en profondeur des cultures. En effet, nous avons pleinement conscience de l’importance que revêtent les moyens de communications sociales dans la diffusion de la Bonne Nouvelle. Parfois, la visibilité de l’Eglise en dépend. En même temps, «nous ressentons le besoin d’initier une évangélisation du monde des médias et  l’urgence d’éduquer nos fidèles à acquérir une conscience critique vis-à-vis de ce que les médias offrent à la société»[11].

 

2. Développement intégral

 

8. Jadis, le Pape Paul VI, d’heureuse mémoire, affirmait que «Le développement authentique de l’homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions»[12]. Au fait, selon la vision chrétienne, le développement doit être intégral et consister à améliorer les conditions de vie, favoriser l’accès aux opportunités sociales, économiques et politiques, garantir la paix et les libertés.  Dans le contexte actuel, cet objectif est loin d’être atteint pour la grande majorité de Congolais. Pourtant, considérant l’aspect socio-économique, notre pays est potentiellement très riche, paradoxalement sa population demeure encore très pauvre.

 

9. Par ailleurs, la RD Congo est en train de sortir progressivement des conflits armés qui ont causé beaucoup de pertes en vies humaines, augmenté le nombre des pauvres, des orphelins et des veuves, provoqué des blessures morales atroces, ainsi que d’importants dégâts matériels et environnementaux. Dans ces conditions de précarité, les initiatives de prise en charge matérielle de l’Eglise par ses propres fidèles tardent à porter du fruit. C’est pourquoi, scrutant la nature intime de l’Eglise et soutenus par la générosité de l’Eglise universelle, nous ne ménageons aucun effort pour contribuer tant soit peu au développement intégral  de notre peuple. La charité du Christ nous pousse davantage à plus d’attention aux pauvres et à la proximité avec les plus vulnérables de la société: les enfants, les femmes, les malades, les vieux. Sur ce, nous partageons pleinement votre profond désir d’«une Eglise pauvre pour les pauvres»[13].

 

10. Nous sommes également heureux de constater que notre pays est finalement engagé dans une recherche de la paix, de la réconciliation et de la consolidation de notre jeune démocratie. Soucieux de promouvoir l’émergence d’un Etat de droit, garant du bien commun de tous les citoyens, nous restons ouverts au dialogue avec toutes les forces vives de la Nation et encourageons les unes et les autres au respect de la Constitution et à la tenue des  élections libres, démocratiques et transparentes. C’est le sens de notre récent message, intitulé: «Protégeons notre Nation». Pour un processus électoral apaisé et porteur d’un avenir meilleur. Comme l’a si bien exprimé le Pape Emérite Benoît XVI, votre Prédécesseur, «Un instrument majeur au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, peut être l’institution politique dont le pouvoir essentiel est la mise en place et la gestion de l’ordre juste».[14]

 

3. Formation des agents pastoraux

 

11. Notre visite intervient au moment où l’Eglise tout entière approfondit le thème de la famille, cellule de base de toute société humaine et de l’Eglise. Comme deux facettes d’une médaille, le mariage et la famille sont deux pivots d’une même réalité. Et puisqu’ils nous sont très chers, ils figurent d’ores et déjà parmi les priorités actuelles de notre pastorale d’ensemble. Nous en sommes persuadés, c’est au sein des familles, branchées à la Parole de Dieu, que se forment des laïcs «ambassadeurs du Christ» (2 Co 5,20) dans l’espace public, sel de la terre et lumière du monde, témoins sans complexe ni honte de la Bonne Nouvelle[15].

 

12. Mais le mariage et la famille ne sont pas pour autant à l’abri des assauts des idéologies modernes, telles que le genre, le relativisme éthique. A cela s’ajoutent d’autres menaces, notamment la pauvreté, la pandémie du VIH/SIDA, le divorce, la polygamie. Nous restons vigilants vis-à-vis de ces défis en proposant des  stratégies pastorales conséquentes. C’est pourquoi, lors de notre récente Assemblée Plénière en juin dernier et en rapport avec le prochain synode sur la famille, nous avons décidé de nous pencher en trois ans sur les questions liées à la famille et au mariage.

 

13. Notre sollicitude pastorale se consacre également à la jeunesse sur laquelle reposent le présent et l’avenir de notre pays et de l’Eglise. Fort malheureusement, cette jeunesse ne bénéficie pas de mêmes opportunités de formation de base et n’accède que partiellement  à une solide formation humaine, morale et religieuse.  Ce déficit, aux conséquences très graves, expose nos jeunes à la séduction des idéologies contraires aux valeurs humaines et chrétiennes. C’est ainsi que, prenant ce défi très au sérieux, nous faisons de l’accompagnement de toute la jeunesse, scolaire et universitaire, une de nos priorités pastorales.

 

14. Notre Eglise est présente en milieu éducatif et collabore avec l’Etat en vue d’un enseignement adapté aux exigences de la société. La promotion des mouvements et des aumôneries catholiques de jeunesse dans les écoles, les instituts et les universités entend garantir à notre jeunesse un espace de rencontre permanente avec  Jésus Christ, de discernement de l’appel de Dieu et d’engagement au service de l’Eglise et de la société. L’appel que vous lancez sans cesse à toute la jeunesse du monde, «Jeunes ne vous laisser pas voler votre espérance», retentit également aux oreilles de la jeunesse congolaise que nous exhortons ardemment à porter la lumière de la foi et la joie de l’Evangile aux générations futures.

 

15. Nonobstant le foisonnement des confessions religieuses en RD Congo et le surgissement de quelques tensions à l’intérieur de nos communautés, l’Eglise catholique garde encore toute sa vitalité. D’année en année, le nombre de fidèles catholiques augmente, de même que celui des jeunes qui aspirent à la vie sacerdotale et religieuse. La moisson reste abondante et les ouvriers peu nombreux. Ainsi, grâce à la générosité des Eglises-sœurs, nous poursuivons la pastorale des vocations et la formation des agents de l’évangélisation, notamment dans les séminaires et les centres pastoraux, afin de maintenir le dynamisme missionnaire de notre Eglise[16].

 

16. Nous-mêmes, appelés à devenir les modèles du troupeau, portons un regard à la fois pastoral et paternel sur le ministère et la vie des prêtres, nos proches et indispensables collaborateurs dans la Vigne du Seigneur. Beaucoup d’entre eux travaillent dans des conditions difficiles, mais ils ne perdent pas pour autant le zèle apostolique et la joie d’annoncer l’Evangile. De même, les consacrés, hommes et femmes, marchant sur les pas de leurs prédécesseurs et par delà les contrariétés pastorales, se distinguent par un témoignage évangélique exemplaire qui «édifie le Corps du Christ et enrichi la demeure de Dieu»[17]. Sans être complet, ce paysage socio-pastoral reflète suffisamment les joies, les peines  et les aspirations de notre Eglise qui, dans son exode, a le regard tourné vers l’avenir. Confiants en l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Mère de l’Eglise et Notre Dame du Congo, nous croyons et espérons fermement qu’à travers nos engagements quotidiens le Maître de l’histoire fera toute chose nouvelle. C’est pour nous un motif  réel de réconfort et de joie dans le ministère. 

 

Conclusion

 

17. Très Saint-Père, au cours de cette année, les fidèles congolais se préparent à célébrer un événement de grande portée ecclésiale. En effet, au 1er décembre 2014, nous entrerons dans le 50ème anniversaire du martyre de la Bienheureuse Marie Clémentine Anuarite Nengapeta, Religieuse de la Congrégation de Sœurs de la Sainte Famille de Kisangani qui, le 1er décembre 1964 à Isiro, a versé son sang par fidélité au Christ et pour préserver sa pureté. Tout au début du XXème, un autre fils du Congo, le Bienheureux Isidore Bakanja, consacrait son temps libre à catéchiser, à évangéliser ses compagnons de travail et à la récitation fidèle du rosaire, et ce, au grand mécontentement de son patron. Il fut atrocement flagellé par ce dernier jusqu’à en mourir.  Ces deux témoins de la foi,  fruits précieux de l’évangélisation de notre pays, sont pour nous un grand motif de joie et d’espérance. Que leur sang versé pour le Christ soit une semence perpétuelle des chrétiens et qu’un jour ils soient élevés au rang des saints. Telle est la prière profonde et sincère que toute la Famille de Dieu en RD Congo vous confie, Saint Père, afin que, par votre entremise, elle monte jusqu’à Dieu, source de toute sainteté.

 

18. En terminant ce discours, permettez-nous de vous confier l’ardent désir qui habite les fils et les filles  de la RD Congo, celui de : « voir, entendre, toucher et  accueillir le Pape François sur la terre de la Bienheureuse Marie-Clémentine Anuarite et du Bienheureux Isidore Bakanja ». Plaise au Ciel que votre bâton de pèlerin vous conduise dans un avenir très proche au cœur de l’Afrique pour y affermir le Peuple de Dieu dans la foi et ranimer en lui la joie de l’Evangile. Heureux de vous avoir rencontré et pleins de reconnaissance, nous réitérons notre attachement indéfectible à Votre Sainteté et vous portons affectueusement dans nos prières. Que sur nous et sur toute la RD Congo se répande votre bénédiction apostolique.                                                                              

Rome, le 11 septembre 2014

 

Au nom des Evêques de la République Démocratique  du Congo

 

Mgr Nicolas DJOMO,

Evêque de Tshumbe 

    Président de la CENCO

 

 

[1]  Cf. VATICAN II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, n.22.

[2]  Cf. CENCO, Défis pastoraux au seuil du XXIe siècle. Les Evêques de l’Eglise-Famille de Dieu en République Démocratique du Congo en visite « Ad Limina Apostolorum » à Rome du 15 janvier au 14 février 2006.

[3]  Cf. BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise, 2010.

[4] Cf. BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Africae Munus sur l’Eglise ne Afrique au service de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix, 2011.

[5]  Cf. BENOIT XVI, Lettre apostolique en forme de Motu proprio Porta Fidei, 2011 ; FRANÇOIS, Lettre encyclique Lumen Fidei. La lumière de la foi sur la foi, 2013.

[6]  Cf. FRANÇOIS, Exhortation apostolique post-synodale Evangelii Gaudium sur l’Annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui, 2013.

[7]  FRANÇOIS, Exhortation apostolique post-synodale Evangelii Gaudium. La joie de l’Evangile. Sur l’annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui, n.52-109.

[8]  Cf. CENCO, Défis pastoraux au seuil du XXème siècle. Les Evêques de l’Eglise-Famille de Dieu en République Démocratique du Congo en visite « Ad Limina Apostolorum » à Rome du 15 janvier au 14 février 2006, n.13.

[9]  Ibidem, n.15.

[10]  CENCO, « Seigneur, augmente en nous la foi » (cf. Lc 17,5). Exhortation pastorale de la CENCO à l’Eglise-Famille de Dieu en RD Congo à l’occasion de l’Année de la foi, in Actes de la CENCO et Documents, 4(2013), pp.19-36.

[11]  CENCO, Défis pastoraux au seuil du XXIème siècle, n.46.

[12]  PAUL VI, Lettre encyclique Populorum progressio (26 mars 1967), n.14.

[13]  FRANÇOIS, Exhortation apostolique post-synodale Evangelii gaudium, n.198.

[14]  BENOIT XVI, Africae Munus, n.81.

[15]  Cf. BENOIT XVI, Africae munus, n.128.130.

[16]   CENCO, Un nouvel élan missionnaire, 2004.

[17]  BENOIT XVI, Africae munus, n.113.

 

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AUX ÉQUES DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO EN VISITE AD LIMINA À ROME 

 

Chers Frères dans l’épiscopat,

 

C’est avec grande joie que j’adresse au cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, et à chacun d’entre vous, mes fraternelles salutations, à l’occasion de votre visite ad limina Apostolorum. Je remercie Monseigneur Nicolas Djomo Lola, président de votre Conférence épiscopale, qui, avec vos sentiments de fidèle communion, a présenté quelques traits de la vie de l’Église en République Démocratique du Congo. Votre pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul, unis dans le témoignage au Christ mort et ressuscité jusqu’au sacrifice suprême, resserre vos liens de communion avec le Siège Apostolique, mais aussi entre vous et avec les évêques du monde entier. En retour, tout en vous manifestant ma vive appréciation pour votre dévouement et votre zèle pour l’annonce de l’Évangile, je voudrais aussi saluer et encourager les prêtres, les personnes consacrées, les autres agents pastoraux qui collaborent avec vous, ainsi que tous les fidèles laïcs de vos diocèses.

 

Avec vous, je suis reconnaissant au Seigneur pour les multiples dons qu’il fait à l’Église dans votre pays. Famille de Dieu en marche vers le Royaume, elle est constituée de communautés vivantes dont les membres participent activement aux célébrations liturgiques et donnent un courageux témoignage de charité. Selon la belle formule du Psalmiste, le Seigneur a donné ses bienfaits et notre terre a donné ses fruits (cf. Ps 85, 13).

 

La fidélité à l’Évangile implique que l’évêque conduise et gouverne avec sagesse le troupeau qui lui est confié. Le bon pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent (cf. Jn 10, 14). La présence, la proximité et la stabilité de l’évêque dans son diocèse sont nécessaires pour rassurer les prêtres et les candidats au sacerdoce, et pour que tous les fidèles se sentent accompagnés, suivis et aimés.

 

Une caractéristique majeure de l’Église dans votre pays est qu’elle se trouve en pleine croissance. Il est si heureux de constater que des communautés chrétiennes se développent! Mais vous savez que l’essentiel, pour l’Église, n’est pas d’abord une question de nombre mais une adhésion totale et sans réserve au Dieu révélé en Jésus-Christ. La qualité de la foi au Christ mort et ressuscité, la communion intime avec lui est à la base de la solidité de l’Église. Par conséquent, il est d’une importance vitale d’évangéliser en profondeur. La fidélité à l’Évangile, à la Tradition et au Magistère sont des repères sûrs qui garantissent la pureté de la source à laquelle vous conduisez le peuple de Dieu (cf. Lett. Enc. Lumen Fidei, n. 36).

 

L’Église en République Démocratique du Congo, dont certains diocèses ont récemment célébré le premier centenaire de leur évangélisation, est une jeune Église. Mais elle est aussi une Église de jeunes. Les enfants et les adolescents, en particulier, ont besoin de la force de Dieu pour résister aux multiples tentations issues de la précarité de leur vie, de l’impossibilité de poursuivre des études ou de trouver du travail. Je suis sensible à leur situation difficile, et je sais que vous partagez leurs peines, leurs joies et leurs espoirs. Je pense particulièrement avec effroi à ces enfants et à ces jeunes, enrôlés de force dans des milices et contraints de tuer leurs propres compatriotes ! Je vous encourage donc à approfondir la pastorale des jeunes. En leur offrant toute l’aide possible, surtout à travers la création d’espaces de formation humaine, spirituelle et professionnelle, vous pouvez leur révéler leur vocation profonde qui les prédispose à rencontrer le Seigneur.

 

Le moyen le plus efficace pour vaincre la violence, l’inégalité ainsi que les divisions ethniques, consiste à doter les jeunes d’un esprit critique et à leur proposer un parcours de maturation dans les valeurs évangéliques (cf. Evangelii gaudium, n. 64). Il faudrait aussi renforcer la pastorale dans les Universités ainsi que dans les écoles catholiques et publiques, en conjuguant la tâche éducative avec l’annonce explicite de l’Évangile (cf. Evangelii gaudium, n. 132-134). Chers Frères dans l’Épiscopat, je vous convie à être dans vos diocèses des apôtres de la jeunesse.

 

Dans le même esprit, face à la désagrégation familiale, provoquée, en particulier, par la guerre et la pauvreté, il est indispensable de valoriser et d’encourager toutes les initiatives destinées à consolider la famille, source de toute fraternité, fondement et première route de la paix (cf. Message pour la XLVIIè Journée Mondiale de la Paix, 2014, n. 1).

 

La fidélité à l’Évangile implique aussi que l’Église participe à la construction de la cité. L’une des contributions les plus précieuses que l’Église locale peut apporter à votre pays, consiste à aider les personnes à redécouvrir la pertinence de la foi dans la vie quotidienne et la nécessité de promouvoir le bien commun. De même, les responsables de la nation, en étant éclairés par les pasteurs, et dans le respect des compétences, peuvent aussi être soutenus pour intégrer l’enseignement chrétien dans leur vie personnelle et dans l’exercice de leur fonction au service de l’État et de la société. En ce sens, le Magistère de l’Église, en particulier l’Encyclique Caritas in veritate, l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus ainsi que la récente Exhortation apostolique Evangelii gaudium, constituent une aide précieuse.

 

Chers Frères dans l’épiscopat, je vous invite à œuvrer sans relâche à l’instauration d’une paix durable et juste, par une pastorale du dialogue et de la réconciliation entre les divers secteurs de la société, en soutenant le processus de désarmement, et en promouvant une efficace collaboration avec les autres confessions religieuses. Alors que votre pays va connaître des rendez-vous politiques importants pour son avenir, il est nécessaire que l’Église apporte sa contribution, tout en évitant de se substituer aux institutions politiques et aux réalités temporelles qui conservent leur autonomie (cf. Const. Past. Gaudium et spes, n. 36). En particulier, les pasteurs doivent se garder de prendre la place qui revient de plein droit aux fidèles laïcs, qui ont justement pour mission de témoigner du Christ et de l’Évangile en politique et dans tous les autres domaines de leurs activités (cf. Décr. Conc. Apostolicam actuositatem, nn. 4; 7). Il est donc essentiel que les fidèles laïcs soient formés en conséquence, et que vous ne cessiez pas de les soutenir, de les orienter et d’émettre des critères de discernement pour les éclairer. En ce sens, je ne doute pas que vous continuerez d’œuvrer pour sensibiliser les autorités publiques en vue de finaliser les négociations pour la signature d’un Accord avec le Saint-Siège.

 

Il serait souhaitable que, dans un esprit de solidarité et de partage, soit développée une collaboration plus étroite avec tous les acteurs pastoraux qui œuvrent dans les divers domaines d’apostolat et de pastorale sociale, en particulier l’éducation, la santé et l’assistance caritative. Beaucoup attendent de vous vigilance et sollicitude dans la défense des valeurs spirituelles et sociales : vous êtes appelés à proposer des orientations et des solutions pour la promotion d’une société fondée sur le respect de la dignité de la personne humaine. A ce sujet, l’attention aux pauvres et aux nécessiteux tels que les personnes âgées, malades ou souffrant de handicap, devrait constituer l’objet d’une pastorale adéquate, sans cesse réexaminée. En effet, l’Église est appelée à se préoccuper du bien de ces personnes et à attirer l’attention de la société et des autorités publiques sur leur situation. Je salue et j’encourage l’œuvre de tous les missionnaires, des prêtres, religieux, religieuses et autres agents pastoraux qui se dévouent au service des blessés de la vie, des victimes de la violence, surtout dans les régions les plus isolées et reculées du pays. En évoquant ce thème, j’ai une pensée spéciale pour les réfugiés internes et ceux, nombreux, qui proviennent des pays voisins.

 

Chers Frères dans l’Épiscopat, je voudrais enfin vous redire toute mon affection et mes encouragements. Persévérez dans votre généreux engagement au service de l’Évangile! Soyez des hommes d’espérance pour votre peuple! Que le témoignage lumineux de la bienheureuse Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta et du bienheureux Isidore Bakanuja ne cesse de vous inspirer! En vous confiant à la maternelle intercession de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, je vous accorde de grand cœur la Bénédiction apostolique que j’étends bien volontiers à vos collaborateurs, prêtres, religieux ou laïcs, et à chacun de vos diocèses.

 

François, Pape.

 

Visite ad Limina Apostolorum: Saint-Père et Mgr Nicolas Djomo, Bishop de Tshumbe et Président de la CENCO. Poignée de mains entre le Saint-Père et le Bishop de Tshumbe.
Visite ad Limina Apostolorum: Saint-Père et Mgr Nicolas Djomo, Bishop de Tshumbe et Président de la CENCO. Poignée de mains entre le Saint-Père et le Bishop de Tshumbe.

Visite ad Limina Apostolorum: Saint-Père et Mgr Nicolas Djomo, Bishop de Tshumbe et Président de la CENCO. Poignée de mains entre le Saint-Père et le Bishop de Tshumbe.

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